X PRÉFACE
Je père^ dans sa fibre plus délicate et dans sa condition plus asservie, des discordances d'un monde qui n'a plus ni foi, ni traditions, ni mœurs respectées, et oii rien ne se tient plus, debout, pas même le mensonge.
C'est à cette dernière considération que je me suis à la fin rendue. C'est la raison qui m'a persuadée et qui, après de longues hésitations, m'a mis la plume à la main. Ai-je bien ou mal fait? le lecteur en jugera.
Mon père. — - Ses ancêtres. — La bible Guiot de Provins. L'auteur des Consolations. — Le vicomte Gratien de Flavigny — Mémoire sur la désertion et sur la peine des déserteurs en France. — Un docteur en Sorbonne. — L'ambassade de Parme. — L'échafaud de 93. — Fouquier-Tinville; la femme Flavigny, ex-comtesse des Vieux.
Mes plus anciens souvenirs se rattachent à la Touraine, où mes parents passaient une partie de Tannée. De Paris, où nous demeurions l'hiver, je ne me rappelle presque rien. Les enfants n'aiment pas les villes; ils y vivent trop renfermés et trop réglementés. A la vivacité de leurs instincts il faut, avant tout, la liberté; à leurs jeux, l'espace et la lumière.
Ces premiers souvenirs, en me revenant à Ter prit, vont d'eux-mêmes se grouper autour de la grande
figuro de mon père. Avant toute autre chose au monde, je l'aimai, je l'admirai, et (Test à lui que je rapporte, avec la plus vive tendresse, toutes les émotions, toutes les imaginations heureuses de mon heureuse enfance.
Je n'ai jamais pu me figurer rien de plus beau, rien de plus aimable que mon père, et je donnerais beaucoup pour qu'il me fût possible de retracer ici son image telle qu'elle m'apparalt, imposante et charmante, au seuil de ma vie.
Il me faut auparavant dire un mot de la race dont il sortait. L'hérédité du sang, ses effets proches ou éloignés, nous sont trop peu connus encore pour qu'on en puisse parler autrement que par conjectures. Cependant un secret instinct nous . avertit qu'il y aurait là beaucoup à chercher; et, malgré nos préventions contre toute ancienneté, en dépit de nos osten tations démocratiques, il nous plaira toujours de connaître les aïeux de quiconque nous intéresse *.
Mon père, cela se voyait tout d'abord, était de bonne race française. Les comtes de Flavigny des cendent d'une ancienne famille originaire de la Bourgogne, divisée par la suite en deux branches, dont l'une se transplanta en Lorraine, l'autre en Picardie * :
1. Ou n'& e&core généralisé aucune des lois de la descendance héréditaire daas leurs rapports avec la formation du caractère, dît Bucl^le. (Histoire de la civilisation en Angleterre^ 1. 1, ch. iv.)
i. Le chef de la branche picarde, Balthazar de Flavigny, acquit
noblesse d'épée, s'il en fût, mais pourtant jamais étrangère aux lettre , distinguée dans l'Église et dans les ambassades.
En langage de blason, les Flavigny por/^n^ échiqueté d'argent et d*azur^ à lécimon de gueules en abyme.
Le village et Tabbaye de Flavigny (Flaviniacum) près de Nancy; la petite ville du môme nom dans le voisinage de Dijon ; les châteaux de Souhéy de Juilly^ près de Semur en Bourgogne, le château de^ Chambry dans le Laonnois, la terre de Charmes, près La Fére, rappellent encore les divers établissements de ma famille dans ces trois provinces.
Dès le commencement du xiii* siècle, en 1204, un poëme satirique, — h Bible de Guiot de Provins — met, par rare exception, au rang des preux chevaliers et des c courtois barons » qui font honneur à leur nom et à leur pays, les Flavigny avec les Ducbastel, les Courtenay, les d'Aspremont, les Joinville*.
L'un de nos ancêtres. Jacquemart de Flavigny, était gouverneur de Guise pour le roi Jean. Il figure dans l'année 1360, pour sa part de mille livres, sur la liste des cotisations qui fournirent la rançon royale. Au
en Tan 1588 la terre de Chambry près de Laon, qui est encore
eu la possession de ses descendants. Il était fils de GuiUaume de
Flavigny, qui fut député aux États de Blois, en 1588.