‹ Mes souvenirs, 1806-1833Chapitre 6 sur 33 · Lfi Bible Guiot de Provins, ch. iv, vers 407, dans les · texte numérisé non relu

Lfi Bible Guiot de Provins, ch. iv, vers 407, dans les

ux publiés par Barbazan, Paris, 1808. — VoirVappendice A,

^ume.

siècle précédent (de 1227 à 1235) un autre Flayigny, Nicolas, que ses succès dans la chaire avaient porté à rarchevôché de Besançon, écrivait une Concordance des Évangiles \ En 1518, un Flavigny était lieutenantgénéral du bailliage de Vermandois. En 1594, Michel Sonins, libraire à TEscu de Basle, rue saint Jacques, à Paris, publiait, par privilège du roi, de Messire Charte de Flavigny , sieur de Juilly, chevalier françois, f édition seconde d'une histoire des Rois de France^ suivie des Consolations à son fils^ blessé et prisonnier à la rescousse du château de Tholes *.

Celui-ci, qui paraît avoir été, entre tous, loyal et vaillant homme de guerre, était doué aussi d'un rare instinct d'écrivain. Je trouve dans ses écrits le style fier comme la pensée, des saillies de moraliste, des tours vifs à la Montaigne; je le vois familier avec les bons auteurs. Il cite fréquemment Aristote et Épicure. Il entremêle sa prose de vers de Ronsard, de Garnier,

1. On conservait à Tabbaye de Citeaux la copie manuscrite de cet ouvrage. Voir à la fin du Yolume la notice sur Nicolas de Flavigny, appendice B.

2. C'est la dernière lois, si je ne me^rompe, que ce titre, Con* solaiions, donné dès Tantiquité à un genre très-nombreux d'ouvrages de morale philosophique, parait dans notre littérature. Démocrite, Platon, Aristote, Théophraste, Crantor, Sénèque, Gicéron, le Carthaginois Clitomaque, ont écrit des Consolations ou Lettres consolatrices. Le livre de Boêce : De consolatione philosophicay est resté le plus célèbre de ce genre d'écrits. Il a été traduit, commenté, imité sans fin, dans plusieurs langues.

PREMIÈRES ANNÉES (i806M827). 5

de Du Bellay. Lui-même, et non sans grass, il rime à Toccasion; il est musicien; t7 se peut ranter, dit-il, d* avoir mainte fois^ aux sons de son luth^ passionné di-versement les escoutants. Son art de bien dire s'en accroît. D'elle-même sa phrase se rhythme; l'harmonie naît sous sa plume. Il est coloriste aussi, imagier avec hardiesse. Veut-il décrire les Pyrénées, par exemple, il dira la pâle frayeur de leurs profonds précipices. Ailleurs, il racontera une entreprise consommée à la faveur d'une nuit sombrement endormie. Ailleurs encore, il exhortera son fils à brider le cheval indompté de la trépignante jeunesse. Il ne voudrait pas qu'à ce fils, fait prisonnier, il restât quelque gravier en Vdme. c Vouloir guérir, lui dit-il avec une fierté stoïque, c'est demi-guérison. » Il avise ce fils, peu résigné, paraît-il, que tout homme impatient aux adversités piaffe volontiers^ insolent^ aux prospérités. L'ordre des sentiments où notre chevalier du xvi* siècle va puiser le plus souvent ses consolations n'a rien que de tempéré. A l'encontre des stoïciens, il permet la plainte, pourvu qu'elle se modère; il cherche à toutes choses un bon aspect. Prisonnier lui-même, au retour d'Arqués^ il sait par expérience que Von gagne en prison; que son servage forcé donne l'esprit libre à l'estude. Dans sa ruine, dans ses pauvretés^ comme il écrit à la façon de nos modernes romantiques (il a été pendant ces guerres civiles misérablement deschiré; il

MES SOUVEiNlRS.

a eu ses villages désolésy ses plus belles maisons détruites, ses chevaux tt^és ou perdus) y il se tient en bonne humeur néanmoins. Réduit en sa cage de Souhé \ il relit Platon et Plutarque; il consulte la Bible et les astres; il écoute la voix des songes. Demi-chrétien, demi-païen, quelque peu arabe, gentilhomme avant . tout, humaniste et moraliste, confiant en la belle et vertueuse fortune de son roy^ pour se mettre au cœur l'allégresse et l'avant-goût des batailles, il lui suffira d'un souffle du printemps : Jà^ la terre nous rit, écrit-il, de sa cage' de Souhé ;yi les arbres boutonnent; le soleil nous renflamme^ et la nécessité renforce le courage. — A ce mot nécessité qui revient aisément sous la plume de mon ancêtre, à ces hautes planètes^ à ces calculs des Arabes où Use fie; à la manière un peu légère dont il traite les subtilitez de la grâce et du libre arbitre^ n'en voulant pas laisser estonner la simplicité de sa prière; au plaisir qu'il parait prendre à conter à son fils le conte du Vrai annel; à l'opinion qu'il a de l'enfer, de ces peines infinies dont il ne veut pas croire que Vimmense bénignité de Dieu punisse nos péchés finis^ j'entre' en doute, je l'avoue, sur la parfaite orthodoxie du che- . valier chrétien. Son royalisme, lui-même, ne ma

1. Le ch&teau de Souhé , aujourd'hui propriété de la famiUe d« Guitaut, est situé sur une hauteur, non loin de Dijon. C'est dana ses murs que se tiut en 1589 une conférence des royalistes où ïôD décida Tattaque de Semur.

semble pas exempt d'hérésie. Malgré la perguasion qu'il met en rimes que c c'est gloire de mourir le coutelas au poin^ pour son prince, et Vavoir de sa vertu témoin » , mon ancêtre loue d'un accent qui m'est suspect, en son livre des /Jow, le bel ordre de France^ composé de toutes sortes de républiques différentes^ où chaque province particulièrement s'assemble^ clercs, nobles, roturiers, pour conférer librement aux affaires de conséquence. Il déclare que c régner ne se doit pro^ prement dire que là où la raison et justice comman^ dent. > Il admire la constitution, ou ce que Ton appelait alors le cantonnement de la République helvétique. De moi, si festoi Souisse, s'écrie-t-il, dans un singulier élan d'orgueil républicain, et qu'un Bourgmaistre voulût empiéter la souveraineté de mon pats, femploie* rais mille vies, si je les avois, pour maintenir ma liberté populaire.

Ces sentiments indépendants du vrai gentilhomme au regard des maxikes absolues de l'Église ou de l'État, avec un fond inaltérable de bon sens et de belle humeur, je les retrouve aux siècles suivants chez plusieurs autres de mes ancêtres qui ont égale ment le goût et le don des lettres. Au xviii* siècle, cette indépendance s'imprègne de la sensibilité du Çemps. En 1768, mon grand-père, le vicomte Gratien de Flavigny, né le 11 octobre 1741 à Craonne en Picardie, et qui mourut ev 1783, âgé de quarante»

deux ans, chevalier de JSaint-Louis, colonel de dragons, adressait au duc de Choiseul des Réflexions mr la désertion et sur la peine des déserteurs * où il conclut- à la suppression de la peine de mort, et demande des lois plus conséquentes aux sentiments ineffables du cœur et du génie français. Ayant vécu^ dit-il, avec le soldat autant que le service du roi r exigeait, autant que sa fortunCy sa naissance et sa façon de penser, indépendante de son métier, le permettaient^ il a observé que le Français a pour partage la fierté et r inconstance^ avec l excellente vanité de croire sa patrie supérieure à toutes les nations de la terre. Il le déclare c générale-ment plus sensible à la perte de t honneur qu'à celle de la vie; il ne croit pas la peine de mort^ appliquée aux déserteurs^ efficace; et, à ce sujet, il entre dans des considérations de l'ordre le plus élevé sur ce qu'il appelle hardiment le meurtre public. Il affirme que : en France^ dans un règne tranquille^ sous une forme de gouvernement consolidée par les vœux réunis de la nation, il ne doit y avoir jamais de nécessité d'ôter la vie à un citoyen.

D'un bout à l'autre, le Mémoire de mon grand-père, adressé à un ministre tout-puissant, respire l'antique

1. Réflexions sur la dcseriion et sur la peine des déserteurs en France^ adressées à monseigneur le duc de Choiseul, ministre et secrétaire d'État au département de la guerre^ Paris, 1768, iu-8*. L'auteur était, à ce mdmeiit, volontaire dans un régiment; de troupes légères. '

fierté dti gentilhomme, en m^me temps que le sentiment nouveau de Tégalité des conditions, de la justice miséricordieuse et ^e Tamélioration graduelle des constitutions sociales.

L'auteur appelle de tous ses vœux des rectifications à la législation française ; il ne veut pas qu'on couvre ses défauts du voile du silence^ parce que agir ainsi ce serait s'opposer facilement à ses progrès^ et conséquem» ment au bonheur du genre humain.

Il paraîtrait que le Mémoire de mon grand-père fit

sur Tesprit du duc de Choiseul une impression favo-

rable *, car le ministre chargea, par suite, son auteur de plusieurs missions militaires ou diplomatiques.

JPendant son séjour à l'étranger, en Espagne, en Angleterre, en Italie, dans les loisirs que lui laissaient ses travaux spéciaux sur la constitution et ^organisation des armées^ mon grand:përe traduisit plusieurs ouvrages de l'italien, de Tanglcis, de l'espagnol. En 1773, il publiait un Examen de la Poudre par M. d'Antoni ; et, deux ans après, du même auteur, les Principes fondamentaux de la construction des places. En 1776, il faisait paraître, traduite de sa main, une Introduction à l'histoire naturelle et à la géographie physique de rEspagne. A son retour en France, dans Tannée 1778, Gratien de Flavigny don-

â. Appendice G.

nait au public une version exacte et élégante de la Correspondance de Fernand Cortez avec Charles-Quint sur la conquête du Mexique. A sa mort, il laissa en jnanuscrït des Réflexions sur l'art militaire et des notes sur ses voyages en Italie, en Angleterre et eu Espagne. -— Mais, en parlant des ouvrages de mon grandpère, je m'aperçois que j'ai interverti Tordre de nos souvenirs de famille, et j'y reviens.

Je ne voudrais pas omettre de rappeler, dans nos titres d'honneur, .une vive parole de regret donnée par le bon roi Henri au capitaine Flavigny, en apprenant qu'il venait de se faire tuer galamment, dans une sortie de Vamiral Villars, au siège de Rouen : f Ventre saint-gris î s'écria le roi, je perds un bon compagnon et un honnête homme / » — C'était un galant chevalier aussi, sans doute, celui qui accompagnait Marie-Stuart dans la triste traversée qui porta vers Holyrood V Hélène du Nord.

, Au temps de Richelieu, on parlait avec honneur en Sorbonne des ouvrages du docteur Valérien de Flavigny '. Richard Simîon le combattait. Dupin écrit de lui : < Flavigny suivait dans ses écrits son génie plein de feu. Son style^est vif, plus convenable à l'im péiuosité d'un jeune homme qu'à la gravité d'un ancien docteur. Il a fait des recherches pénibles et

i. Quatre lettres sur Védition projetée de la bible polyglotte de /e Jay, i6'J2, — Discours apologétique sur la fidélité de la

cnrienses sur les matières qu'il a traitées, et l'on voit, par ces mêmes récits, qu'il ayait de la théologie, des belles lettres, et la connaissance de langues orientales, i Bayle, qui qualifie mon ancêtre de docteur en théologie de la maison et société de Sorbonne, conseiller et professeur du roi en langue hébraïque en l'université de Paris et doyen des professeurs du roi au Collège de France^ raconte plaisamment une disgrâce advenue à Valérien pendant l'impression d'une lettre qu'il adressait en latin au Maronite Ecchellensis : disgrâce dont le souvenir, trente ans après, éveillait encore les colères du savant docteur *.

Le frère de Valérien, l'abbé Jacques de Flavigny, qui avait été grand vicaire de l'évêque de Luçon^ faisait recevoir, en 1622, les décrets du concile de Trente au chapitre de Luçon, dont il était doyen; tandis qu'un troisième frère, très-avant dans la confiance du cardinal, commandait à Metz les troupes du roi, et suivait les négociations secrètes pour la réunion de la

version hébraïque^ publiquement prononcé au Ck)Uége Royal le 11 février 1646. — Une diatribe contre te père Marin^ Jésutte^ Paris, 1666. — Un pamphlet en faveur de la thèse uutenue par Louis de Clèves sur l'épiscopai, 1668, in-4«.

1. Il faut vçir, dans le dictionnaire de Bayle, le récit de cette disgrâce. Les réflexions que fait Bayle sur cet exemple sensible du, désordre que les fautes d'impression peuvent causer , et des chagrins insupportables qu'elles donnent à un auteur, sont <la meilleur comique.

12 MES SOUVENIUS.

ILorraîne à la France. — Plus près de nous, un Fiavigny, le comte Âgathon, qui, à la chute de la monarchie, était ministre plénipotentiaire auprès du duc de ParmeS avait antérieurement négocié les alliances de famille avec la maison de Savoie '.

L'échafaud de 93 atteste, par le sang, la noblesse catholique et royaliste de ma famille. Le 5 Thermidor, un mandat d'amener, signé Fouquier-Tinville, traduit à la barre du tribunal révolutionnaire A. L. J. Flavigny, ex-comte •, né en 1734 à Craonne en Laonnais, lieutenant en second au ci-devant régiment des gardes françaises ; et la femme Flavigny, ex-comtesse des Vieux, en compagnie d'une Laval-Montmorency, ex-abbesse de Montmartre, âgée de quatre-vingtquinze ans, et d'un jeune Maillé, fils de Tex-vicomte, Jgé de dix-sept ans *.

1. J*ai eu 80U8 les yeux un curieux libreito de Topera Zémire et Azor, paroles de Marmontel, musique de Grétry, représenté pendant le carnaval de Tannée 1782 chez mon aïeul, au palais de l'ambassade, par les personnes attachées à la légation française, en présence de LL. AA. RR. le duc et la duchesse de Parme.

2. Le mariage du comte de Provence en 1771 et. celui du comte d'Artois en 1773 avec les deux filles de Victor Amédée III.

3. Il était fils de César François, comte de Flavigny, maréchal de «amp aux armées du roi, qui mourut dans sa terre de Charmes, près La Fère, au commencement de ce siècle.

4. L'autographe de ce mandat d'amener, Tun des derniers du tribunal révolutionnaire, est en la possession de mon frère Maurice. Il porte les emblèmes menaçants : deux glaives croisés, la pigue surmontée du bonnet phrygien, le niveau égalitaire. On y

De telle race, fils unique d'un père mort au semce du roi *, apparenté par sa mère, patricienne de Soleure, à plusieurs officiers aux gardes-suisses, mon père fut admis sans peine dans la maison de madame Marie- Josèphe-Louise de Savoie, dont le mariage avec le frère de Louis XVI avait été, comme je viens de le dire, négocié par un ambassadeur de notre nom et de notre famille. Lorsqu'il sortait des pages, à quinze ans, Alexandre-Victor-François de Flavigny, né à Genève le H septembre 1770, avait déjà depuis trois ans, par brevet du 12 mai 1782 (à douze ans par conséquent), le grade de sous-lieutenant au régiment de Colonel-Général de l'infanterie française.

La révolution éclatée, le jeune officier suivait son régiment, qui s'en allait rejoindre à Coblentz l'armée des princes.

lit, tracée d'une main ferme, la signature Fouquier, les noms de onze détenus à la maison d^arrôt dite Lazarre (sic) et la date du 5 Thermidor de Van iecond de la République Française, une ei indivisible.

1. Mon père jouissait, tout enfant encore, d*une pension royale, accordée en mémoire des bons et loyaux services de mon aïeul , Gratien de Flavigny.

La maison Bethmann. — PrisoD et mariage de mon père. — Retour en France. — Ma sœur. — Mes frères. — Ma naissance. — Les Ef\/an(s de minuit, — Le démon. — Douceur de mon enfance. — La Touraine et le château du Mortier.

Des circonstances que j'ignore * conduisirent mon père à Francfort-sur-le-Mein dans le courant de Tannée 1797 et lui donnèrent accès dans la maison de banque des frères Bethmann. Cette maison était la plus considérable de la ville; elle y- exerçait une sorte de souveraineté, par ses grandes richesç^es, par sa bonne re-

1. J*apprends seulement aujourd'hui quelles furent ces circonstances : Le prince Louis de La Trémollle, ayant reçu commission de TAngleterre de lever en Allemagne un régiment destiné à l'armée de Condé, fit donner à mon père le brevet de lieut»inant-colonel et le chargea d'organiser ce régiment. Ce fut à cetti» occasion que mon père vint habiter Francfort. (xYo/e écrite ttv juin iS70.)

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