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PREFACE

Il fut un temps où, pour écrire ses Mémoires, il fallait avoir été ambassadeur ou ministre, général d'armée ou à tout le moins académicien.

C'était le temps des grands Mémoires, et nous savons du reste que Bossuet et Pascal mis à part, rien n'égale, dans la prose française, ceux du cardinal de Retz, du duc de Saint-Simon et de Chateaubriand. Nous avons changé tout cela. Là comme ailleurs, la démocratie coule à pleins bords. Après les grands Mémoires, c'est maintenant le tour des petits. On n'a rien été, on n'a rien fait, on n'a été mêlé à aucun événement. C'est égal, on couchera sur le papier ses Souvenirs. Les sergents écriront les leurs comme les généraux, les commis comme les ambassadeurs. N'avonsnous pas vu le D' Véron, l'inventeur de la pâte Régnault, nous donner les Mémoires d'un apothicaire.

Ce serait un grand tort d'ailleurs que de mépriser ce que je viens d'appeler les petits Mémoires. Presque tous présentent de l'intérêt; plusieurs ont une très réelle valeur. On lit encore, on relira longtemps les Mémoires de Marmontel, de Fiévée, Sainte-Beuve {Causeries du Lundi, tome 5, page 172 « Une introduction qui est un des meilleurs et des plus piquants morceaux d'histoire contemporaine o), de Yaublanc, de Louvet, de Riouffe, de Lacretelle le jeune {Dix années d'épreuves pendant lu révolulion). S'il vous arrive de rencontrer sur les quais les trois volumes du bonhomme Bouilly, Mes Récapitulations, ne manquez pas de les acheter. Ce bonhomme écrit mal. mais qu'est-ce que

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