‹ Mes souvenirsChapitre 74 sur 113 · I. Les Jeudis de Madame Charbonneau, p · texte numérisé non relu

I. Les Jeudis de Madame Charbonneau, p

(( littérature sérieuse, dans ces tons mixtes, fins, un (( peu gris, que je cherchais de préférence sur ma « palette. Ce diahle de petit livre rose (il est bleu à « présent) sera toujours là, sur ma conscience, sinon (( comme un remords, du moins comme un regret, et (( aussi comme un de ces points lumineux et enflammés (( qui font paraître tout le reste froid et crépusculaire. « Mais, pour le moment, je n'aspire qu'à une chose, à (( la campagne, au repos. Dès que je pourrai décem- (( ment quitter Paris, c'est-à-dire dans quatre ou cinq (( jours, j'irai, non pas chez moi, — j'y trouverais « encore trop de mouvement et d'affaires, — mais chez (( ma belle-mère, oii je tâcherai de vivre, pendant quelce ques semaines, d'une vie purement végétative et con- « templative : car je suis exténué, accablé, brisé, à bout « de forces... Quoi qu'il en soit, j'espère, mon cher (( ami, que cet orageux épisode resserrera encore nos (( liens de bonne confraternité; ceux qui, dans cette cir- (( constance, me sont demeurés fidèles, peuvent d'autant (( plus compter sur ma reconnaissance, qu'ils ont été a plus rares. Léopold de Gaillard est à mes côtés, et « m'a rendu de grands services. Nous dînons ensemble (( ce soir, et je m'acquitterai de vos commissions, ou (( plutôt je lui lirai votre lettre... »

Une de mes bêtes noires en 1862 était le Journal des Débats.

On y rencontrait bien un ami des princes exilés, le très spirituel Jules Janin, deux ou trois autres

monarcliistes, Saint-Marc Girardin, François Barrière, E.-J. Delécluze, un écrivain profondément religieux, M. de Sacy ; mais presque tous les autres rédacteurs, depuis le lourd Alloury jusqu'au fringant Joini Lemoinne, préconisaient les doctrines révolutionnaires et faisaient à la religion catholique et au pape Pie IX une guerre acharnée. On n'en était même plus, dans la feuille de la rue des Prêties-Saint-Germain-l'Auxerrois, à l'ancien voltairianisme. Le renanisme y étalait ses grâces artificielles, le matérialisme y exposait ses dures doctrines, cependant que la politique italienne de Napoléon III... et de Victor-Emmanuel y trouvait le plus chaleureux appui. Comme le roi de Prusse Frédéric II avait été autrefois le héros de Voltaire, Garibaldi était le héros de M. John Lemoinne. Je houspillais donc ce dernier, et avec lui ses collaborateurs, dans mes Chroniques mensuelles, en prose et même en vers. Un jour, après une lecture des Odes Funambulesques de Théodore de Banville, je griffonnai une douzaine de triolets à leur adresse. Pourquoi ne les glisserais-je pas ici, — non sans demander pardon de la liberté grande ? Pour vieillots qu'ils soient, ces triolets d'antan n'en présentent pas moins un intérêt archéologique, puisque les curieux y pourront retrouver la liste très complète des rédacteurs du Journal des Débals en l'an de grâce 1862.

J'aime le journal de Berlin, Malgré ce qu'en dit la Gazette.

Bien qu'il soit un peu libertin^, Jaiiue le journal de Berlin

I. Le mot libertin n'est pris ici, bien cntendi], que dans racception qu'il avait au xviu* siècle et comme synonyme d'esprit fort.

Et je le lis chaque matin, Car Weiss' n'est point une mazette.

J'aime le journal de Bertin, Malgré ce qu'en dit la Gazette.

Il est quelquefois trop hardi

Sous la plume de John Lemoinne-.

Lorsqu'il chante Garibaldi,

Il est quelquefois trop hardi,

Ces jours-là, comme un étourdi,

Il brave l'évêque et le moine

Il est quelquefois trop hardi

Sous la plume de John Lemoinne!

Cela déplaît fort à Sacy3,

Le descendant du grand Lemaistre.

Quoi ! les Débats parler ainsi !

Cela déplaît fort à Sacy,

Janséniste très adouci.

Mais, las! Sacy n'est point le maître.

Cela déplaît fort à Sacy,

Le descendant du grand Lemaistre.

Il se console en relisant Les Petits Traités de Nicole Dont Techener lui fît présent :

Il se console en relisant Des écrivains du temps présent Et de notre nouvelle école Il se console en relisant Les Petits Traités de Nicole.

Pour moi, je relis AUoury, Écrivain digne du grand siècle.

De bons auteurs toujours nourri.

Pour moi, je relis AUoury, Qui, plus léger qu'une houri, Folâtre avec les gens du Siècle.

Pour moi je relis AUoury, Ecrivain digne du grand siècle.

1. J.-J. Weiss était le meilleur écrivain des Débats. Il ne fut point de l'Académie.

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