‹ Mes souvenirsChapitre 73 sur 113 · Nouveaux lundis, t. III, p · texte numérisé non relu

Nouveaux lundis, t. III, p

(( romanciers), c'est que j'avais si bien oublié Aurclie « que j'acceptais non pas précisément l'arrêt, mais « l'analyse de M. Sainte-Beuve. C'est vous qui m'avez (( remémoré le dénouement, et je me suis souvenu que « Buloz, avec qui je me brouillai à cette époque pour (( l'amour de la Revue Contemporaine (qui depuis... (( mais alors!), me dit : votre première partie est très « ennuyeuse, mais la seconde est excellente : or Sainte- « Beuve dit tout le contraire... »

Et voilà comment je figure, moi cliétif, à la dernière page des Jeudis de Madcune Charbonneau.

Cette page, on me pardonnera de la reproduire. La voici :

« ... Cette remarque tardive m'est suggérée, au mo- « ment de mettre sous presse cette dernière feuille, par « un article de l'excellente Revue de Rretagnc et de Ven- « dée (février 1862), article signé Edmond Dupré. Je a remercierais plus vivement M. Edmond Dupré si « j'élais moins son obligé, et je le louerais davantage « si, depuis bien des années, il ne me comblait des té- « moignages de la plus flatteuse sympathie. 11 vient de « me prouver qu'il se souvenait de mes romans mieux (( que moi-même; et bien souvent il lui est arrivé de « compléter ma pensée par son interprétation aussi <( bienveillante que délicate, de comprendre ce que (( j'avais tenté de faire plutôt, hélas! que ce que j'avais « fait. Que M. Edmond Dupré (est-ce bien son vrai (( nom.^>) reçoive ici l'expression de ma reconnaissance! (( iiendre un légitime hommage à un écrivain de pro- « vince qui n'aurait eu qu'à vouloir pour réussir à Paris, « n'est-ce pas la meilleure manière de terminer un petit

(i livio OÙ j'ai raconté les malheurs d'un écrivain de a Paris qui eût mieux fait de rester en province"? »

Le a petit livre » fît un bruit du diable. Cette très spirituelle satire, qui paraîtrait bien innocente aujourd'hui, blessait plus d'un amour-propre, et les amourspropres ne pardonnent pas. Ce fut un déchaînement général, une tempête furieuse, auprès de laquelle les orages qui avaient précédemment accueilli l'auteur des Causeries littéraires et des Causeries du Samedi n'étaient que de simples bonaces.

Je fus de ceux qui défendirent Pontmartin. Le 26 mai, alors que la petite guerre durait encore, il m'adressa ce bulletin :

(( ... Je me reprochais déjà mon silence comme une

« ingratitude; et voici que je reçois votre lettre, nou-

« veau témoignage de vos attentives et fidèles sympa-

« thies. Je vous assure que j'ai bien besoin d'être ainsi

u soutenu par quelques amis ; car ici chaque jour

(( amène quelque alerte, quelque incident désagréable;

(( hier soir, par exemple, on m'a annoncé que le théâtre

« des Variétés allait jouer, sous le titre des Jeudis de

û Madame Marlincau, une parodie aristophanesque de

(f mon livre, 011 je serai très maltraité. Ceci n'est rien,

(( et me semble de bonne guerre ; mais ce sera tout

(( naturellement l'occasion d'un éreintement collectif

« dans les feuilletons du lundi suivant, et la crise Char-

(i bonneau, que je regardais comme arrivée à son terme,

« en sera peut-être renouvelée

(( Je crains qu'il me soit maintenant comme impos-

« sil)le de faire de la critique sage et tempérée, de la

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