Elu membre de l'Académie en
2. Etienne Jean Delécluze, auteur de Louis David, son école et son temps et de Souvenirs de soixante années.
3. M. Camus avait aux Débats la spécialité des entrefilets. Il ne s'est jamais présenté àFAcadéniie.
4. Elu membre de l'Académie des sciences morales et politiques en i865.
5. Rédacteur mililaiie du Journal des Débats. S'il n'était pas de l'Académie, du moins était-il fils d'un académicien, AngeFrançois Fariau, dit de Saint-Ange, qui traduisit en vers les Œuvres d'Ovide.
MA PHEMIÈRE RENCONTRE AVEC S AINTK-K E l' VE 295
posa, pour sujet du prix d'éloquence, VElofje de Chateaubriand. Je résolus de prendre part au concours, non dans l'espoir d'obtenir le prix, mais pour me donner la satisfaction de glorifier l'homme qui s'élait tenu debout sous l'Empire et de qui Napoléon avait dit, dans une heure de colère : « Je le ferai jeter dans un cul-debasse-fosse. » J'envoyai mon Discours au Secrétariat, es mains de l'honnête M. Pingard ; comme il n'était pas destiné à être publié, je n'en gardai pas copie.
C'était une Etude politique bien plus que littéraire. Tandis que je me bornais, pour Àiala et René, pour le Génie du Christianisme, V Itinéraire et Les Martyrs, à quelques pages rapides, je m'étendis au contraire longuement sur la démission du 22 mars i8o4, au lendemain de l'assassinat du duc d'Enghien ; — sur l'article du Mercure du 4 juillet 1807 : « C'est en vain que Néron prospère. Tacite est déjà né dans l'Empire ; il croît inconnu près des cendres de Germanicus, et déjà l'intègre Providence a livré à un enfant obscur la gloire du maître du monde... » ; — sur la brochure d'avril 181 A : De Bonaparte et des Bourbons. Qu'il y eut, dans ce violent réquisitoire, des allégations erronées, des attaques sans fondement, des invectives sans justice, je ne le contestais pas; mais je montrais, en même temps, que ces exagérations, ces erreurs étaient inévitables après tant d'années de compression, de silence et, il faut bien le dire, de mensonge. Après tout, la terrible brochure n'était que l'écho des griefs et de la plainte des Français d'alors, quand elle stigmatisait, avec une éloquence indignée, la dureté de l'Empire, le ravage annuel et les reprises constantes de la conscription, les tyrannies locales et l'oppression publique. Le Sénat lui-même venait de
résumer, dans son décret de déchéance, ces griefs et ces plaintes de la nation: mais pouvait-il lui appartenir d'être Torgane et le vengeur de la conscience publique à Theure où elle recouvrait enfin la faculté de se faire entendre? Cet honneur ne revenait-il pas de droit à l'homme qui, dix ans auparavant, avait seul répondu par sa démission à Tattentat de Vincennes ?
L'Académie se plaisait alors, en toute occasion, ou secrète, ou publique, à taquiner Napoléon III. Elle vidait sur lui son carquois de traits piquants, de flèches légères et de fuies allusions. L"hôte des Tuileries ne semblait pas beaucoup s'en émouvoir. Mais qu'arriverait-il si l'Académie, ne s'en tenant plus à une petite guerre d'épigrammes, couronnait solennellement un discours qui était une attaque délibérée, violente, injurieuse, à l'Empire et à l'Empereur.^ Qu'elle se décidât à le faire, la chose me paraissait impossible. Ln jour pourtant je reçus de M. Léopold de Gaillard, que j'avais mis dans le secret, une lettre où il me disait : « Tout YR bien. M. de Moutalembert, qui fait partie de la commission, vous a vigoureusement défendu contre M. Nisard, lequel venait de déclarer que couronner votre *' pamphlet » serait compromettre l'existence même de la Compagnie, que ce serait la fin de tout, finis Gallîœ'. Malgré ces objurgations, la Commission a décidé de retenir trois discours, entre lesquels elle choisira, après en avoir entendu une seconde lecture. Le vôtre est un des trois qui ont été réserves. C'est un premier et très grand succès. »
1. Je tiens à dire dès ici, quitte à y revenir plus lard. que. peu d'années après, M. Désiré Nisard est devenu pour moi un ami, un guide bienveillant et atîectueux.
Lors du vote défiaitif, M. Nisard l'emporta. Le prix fut partagé entre M. Henri de Bornier et M. Benoît, professeur et doyen de la Faculté des lettres de Nancy '.
Pour moi, je n'avais pas perdu ma peine, puisque j'avais été couronné... par Montalembert.
Un autre académicien m'était aussi venu en aide dans cette petite campagne. C'était Victor de Laprade. Il m'écrivit à cette occasion plusieurs lettres, dont une ou deux renferment des passages qui me paraissent présenter un réel intérêt : il y est parlé, en effet, non de mon Discours sur Chateaubriand, mais de Lamartine.
Laprade était un des plus fidèles amis du grand poète. 11 le voyait fréquemment, soit à Paris, soit à Saint-Point ou à Monceaux. Lors de la première candidature de M. Littré et de son échec à la suite de l'intervention de Mgr Dupanloup, Laprade me manda ce précieux détail : i( M. de Lamartine, dont le sang est resté au fond royaliste et chrétien, sollicité par quelques-uns de ses confrères de voter pour M. Littré, leur a fait devant mo^ cette réponse : a Je suis vieux et trop près de paraître « devant le bon Dieu pour voter contre lui! » Dans une autre lettre, l'auteur des Symphonies consignait une déclaration de Lamartine, qui mérite également d'être recueillie : « Vous serez heureux, j'en suis sûr, m'écrivait-il, de connaître une parole du grand poète, déjà ancienne de plusieurs années et qui me fut bien douce à entendre : « Après tout ce qu'on a essayé sans succès, « monarchie de juillet, seconde République et second
j. Le prix fut décerné dans la séance du 21 juillet i864.
(( Empire, ce que la France a de mieux à faire, c'est a de revenir à la monarchie traditionnelle et légi- « time '. »
A peine avais-je achevé d'écrire VÉloge rie Chaieaahriand, que j'acceptais de collaborer à un ouvrage en deux volumes, non pour prendre rang parmi les auteurs, mais afin de faire plaisir à un ami. Le secrétaire de la rédaction de la Revue de Bretagne, Emile Grimauds était Luçonnais comme moi; nous étions nés presque porte à porte. Avant vingt ans, trois fois lauréat des Jeux Floraux, il avait cueilli dans Toidouse la Romaine l'Amarante d'or, l'Églantine d'argent et le Souci d'argent. Trois ou quatre recueils avaient suivi — Fleurs de Vendée, Chants du Bocage, Les Vendéens, — qui étaient plus qu'une promesse de talent. 11 eut l'idée de publier sous ce titre : Les Poètes lauréats de l'Académie française, les poèmes couronnés de i8o3 à i863. Chaque lauréat devait avoir sa notice. Non sans peine, Emile Grimaud
I. Lettre du 23 juin i863. — En ilSOi, sous ce titre : Critique de l'Histoire des Girondins. Lamartine avait publié un volume où il faisait son examen de conscience devant le public. Dans \ Introduction aux Discours politiques du poète, le très républicain M. Louis de Ronchaud fait, non sans tristesse, à propos de la Critique de l'Histoire des Girondins, cet aveu particulièrement significatif sous sa plume : « Le républicain de i848 est redevenu, dans cet écrit, monarchiste constitutionnel; peu s'en faut qu'il ne se déclare de plus léijitimiste comme l'avait été son père, et il n'est pas loin de croire que les opinions politiques sont des traditions de la race. Il le dit même expressément : " Les opinions <c politiques sont dans le sang ; tel père, tel fils. "
2. Emile Grimaud (iSSi-igoij, auteur des Récits Vendéens (ouvrage en prose) et de nombreux et remarquables recueils de vers : Fleurs de Vendée, Chants du Bocage, Les Vendéens, Fleurs de Bretagne, Poèmes Vendéens, IHeu et le Roi.
réussit à se procurer tous ces poèmes, même ceux qui n'existaient plus qu'à l'état d'exemplaire unique dans la bibliothèque de l'auteur. 11 lui fut plus facile de réunir les éléments de ses biographies, les intéressés, dont beaucoup vivaient encore, s'offrant à les compose)- euxmêmes. Grimaud n'était pas un char liste comme La Borderie; poète, il ne s'inquiétait pas outre mesure de l'exactitude, et il eût volontiers donné les biographies telles qu'il les recevait. Je lui fis comprendre qu'il y avait lieu de les reviser avec soin, de contrôler les dates, les renseignements, les anecdotes. Il reconnut que j'avais raison et insista pour que je partageasse avec lui la besogne. J'y consentis, et c'est ainsi que je fus amené à rédiger les notices sur Raynouard, Victorin Fabre, Charles Loyson, Pierre Lel)ruii, Edouard Mennechet, Victor Chauvet, Alfred de Wailly, Auguste Lemaire, Bignan, Emile de Bonnechose, Alfred des Essarts, Amédée Pommier et Julien Daillière.
Dans ces notices, je ne m'étais pas fait faute de relever les erreurs, petites ou grandes, commises par les critiques ou biographes qui avaient traité avant moi les mêmes sujets.
Ainsi en fut-il notamment pour le concours de 1817. dont le sujet était Le Bonheur que procure l'Etude dans toutes les situations de la vie. Ce concours, brillant entre tous, offrit ce résultat, qui ne s'est encore produit qu'une fois depuis l'institution du prix de poésie' : sur
I. Il avait été fondé en 1671, sous le voile de l'anonyme, par trois académiciens dont un seul, l'ellisson, est connu avec certitude. Suivant l'abbé dOlivet, les deux adjoints de Pellisson étaient Gonrart, le premier secrétaire-perpétuel de l'Académie, et M. de Bczons, conseiller d'État ordinaire. Leur argent était porté au libraire de l'Académie sans que personne sût d'où il venait.
quarante-six pièces envoyées à l'Académie, il y en eut jusqu'à dix qui parurent dignes d'être distinguées.
Le prix fut partagé entre MM. Pierre Lebrun et X.-B. Saintine. Un accessit était décerné à M. Charles Loyson. Casimir Delavigne, l'un des concurrents, s'était mis lui-même hors de cause. Au lieu d'accepter le sujet comme une vérité reconnue, il l'avait envisagé comme une question à résoudre, et il était arrivé à cette conclusion que V Etude ne fait pas le bonheur. Son Epître renfermait d'ailleurs nombre de vers heureux, de ces vers trouvés comme le poète en aura si peu dans ses tragédies, celui-ci, par exemple, devenu proverbe dès son apparition :
Les sots, depuis Adam, sont en majorité.
Parmi les pièces qui obtinrent une mention, il en était une inscrite sous le n" i5, portant pour épigraphe ce vers d'Ovide :
Et milii jam [niera cœlestia sacra placebant.
et débutant ainsi :
Moi qui, toujours fuyant les cités et les cours. De trois lustres à peine ai vu finir le cours.
Elle avait pour auteur Victor Hugo, qui n'avait, en effet, que quinze ans, étant né le 26 février 1802.
Sainte-Beuve, à ce propos, dans la Biographie des Contemporains', puis dans la Revue des Deux- Mondes^ et dans les Critiques et Portraits littéraires ~\ avait mis en
1. Biographie des Contemporain.'^, publiée sous la direclion de MM. Rabbe et Vielhe Boisjolin, t. IV, p. 33 1. — i83i.