Mémoires d'an Royaliste
« mis de lui dire : « Commencez par le commence- (( ment. Dites, dès la première ligne : « Je suis né tel « jour, à tel endroit. » Parlez de votre enfance, de vos (( parents, de vos voisins, de vos premiers amis, des (( anciens chouans et des souvenirs de la Grande Guerre. (( N'évitez pas les petits faits, n'écartez pas les anecdotes. « Puis, après ces premiers chapitres, sur lesquels vous « ne vous étendrez jamais trop, continuez de même, « d'une suite ininterrompue, sans trous, sans lacunes. « ^ ous devez avoir connu dans votre jeunesse le plus « grand et le plus spirituel des Pairs de France, M. le (( comte Beugnot. ^ ous avez lu et relu ses fragments de (( Mémoires; ce sont des morceaux achevés. S'il les eût (( reliés entre eux, s'il en eût fait un vrai livre, quel « chef-d'œuvre n'eût-il pas laissé? Donc, pas de frag- « ments, si beaux soient-ils, mais un livre. — Ce sera « bien long, bien difficile, m'a-t-il répondu, mais enfin (( j'essaierai... »
Les deux volumes de M. de Falloux ont paru depuis, et l'on sait qu'ils ont pris rang parmi les meilleurs Mémoires dont s'honore notre littérature.
En revenant du Bourg-d'Iré, j'avais trouvé mes amis plus animés et plus ardents que jamais. Très satisfaits des résultats obtenus dans les circonscriptions des Sables-d'Olonne et de Napoléon-Vendée, ils ne parlaient de rien moins que de créer à Nantes un nouveau journal.
U Espérance chi peuple qui, en i8/i8, aAait succédé à Y Hermine, défendait la politique du comte de Chambord.
M. Emcraud de la Rochettc, son rédacteur en chef, était un parfait galant homme, loyal, dévoué, ancien comhaUant de iS.Sa, alors qu'il n'avait encore que seize ans, et de ceux qui ne se refusent jamais à un duel. Les curés de la Loire-Inférieure et de la Vendée, presque tous ahonnés à son journal, avaient fini par lui donner l'absolution, a Ce brave monsieur Emeraud, disait un jour l'un d'eux à la table de mon père, a bien tort d'aller ainsi sur le terrain en toute occasion. C'est très mal; mais enfin, que voulez-vous."^ On ne peut pourtant pas laisser ces patauds du Phare de hi Loire et de Vl iiion bretonne insulter tous les jours le Roi et le Pape ! Il faut bien, de temps en temps, leur appliquer une bonne leçon! y Au fond, nos excellents curés étaient fiers de leur champion, et ils lui savaient gré de mettre au service de la bonne cause sa plume — et aussi son épée.
J'étais lié de longue date avec Emeraud de la Rochette, et il m'était arrivé plus d'une fois de donner à VEspérance des articles de critique littéraire. L'hésitation cependant ne m'était pas possible. Du moment qu'il s'agissait de créer un journal qui pousserait à l'action, tout en restant fermement sur le terrain royaliste, je devais être de la partie. Les principaux bailleurs de fonds furent le vénérable comte de Rorthays-, âgé de quatre-vingts ans, membre du Conseil général de la Vendée, où il siégea plus de dix années encore; M. Alexis des Nouhes, Alfred Lallié, le baron du Landreau, M. Au-
1. Frère de M. Ernest de la Rochelle, qui fut représentanl de la Loire- Inférieure en 1848, en 18^9 et en 1871, et sénateur de 1876 à 1876. A l'Assemblée nationale de 1871. M. Ernest de la Rochelle présida le groupe des chevau-légers.