‹ Mes souvenirs (volume 2)Chapitre 1 sur 211 · ENFANCE · texte numérisé non relu

ENFANCE

Mon père. — Au collège Rollin. — Cuirassiers d'Orléans. — En Afrique. — Oran. — Le maréchal Clausel. — Le général d'Arlanges. — Deux corvées. — Le colonel Combes. — Deux révoltes. — Arzew. — Une correspondance. — Mostaganem. — Mon premier cheval. — Chevaux arabes. — Mon professeur d'arabe. — Un échouage. — Paix de la Tafna. — Un procès criminel. — Première mission. — Un sanglier.

Je suis issu d'une race de soldats. On n'a jamais connu dans ma famille d'autre métier que celui des armes.

Les premiers objets qui ont frappé mes yeux étaient des panoplies d'armes portées par mes ancêtres. Les premiers bruits qui ont frappé mes oreilles étaient des conversations où sonnaient des fanfares de manœuvres et de combats.

En 1805, mon père avait dix-neuf ans. Son éducation littéraire et scientifique, faite en Autriche pendant l'émigration, comme celle des jeunes gens de sa génération, avait été un peu négligée. En revanche, il était de première force à tous les exercices du corps. Ebloui par la gloire que le génie de Napoléon jetait sur nos 1. 1

armes, il s'échappait de la maison paternelle pour s'engager dans les vélites de la Garde. Son père, dont il n'avait pas demandé le consentement, trouvait le moyen de faire réformer, pour faiblesse de constitution, un jeune homme qui allait être bientôt réputé pour l'un des soldats les plus vigoureux et les plus robustes de l'armée.

Mon père prit sa revanche l'année suivante. L'Empereur, qui, pour l'entretien et le recrutement de l'armée, trouvait dans son génie des ressources inépuisables, imagina, pour la campagne de 1806, la création de corps nouveaux, et entre autres celle de deux compagnies, dites de Gendarmes d'ordonnance. Elles ne devaient être levées que pour la durée de la guerre et n'être composées que de jeunes gens s'équipant et s'entretenant à leurs frais. Dès qu'elles eurent été formées à Mayence, elles furent assimilées aux Guides de la Garde, et leurs jeunes soldats furent considérés comme définitivement et régulièrement liés au service.

Mon père fut incorporé dans la ire compagnie. Il y eut pour camarades le futur général de Labédoyère, son ami intime le colonel de Quélen, frère de l'archevêque de Paris, le général de Brossard, qui devait être le héros d'un triste et célèbre procès, etc.

La compagnie avait pour commandant le général de Laval-Montmorency qui avait été, avant la Révolution, le colonel de mon grand-père. Le nouveau gendarme d'ordonnance dut à cette circonstance, et aussi à sa parfaite connaissance de la langue allemande, d'être choisi comme secrétaire interprète parle général.

Les Gendarmes d'ordonnance, corps d'élite dans le genre des Gardes d'honneur de 18 13, portaient un uniforme brodé d'argent. Les capitaines avaient le grade de général de division et les lieutenants celui de général de brigade. Il n'eurent qu'une existence éphémère : la 2* compagnie fut presque entièrement détruite au pont

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