MON PÈRE. S
de Golberg et, après Eylau, l'Empereur licencia ce qui en restait, en donnant une commission d'officier à tous les sous-officiers, et en envoyant les simples soldats comme sous-officiers dans les régiments de la Garde.
Maréchal des logis, mon père fut nommé sous-lieutenant au 10e de dragons, et assista avec ce régiment à la bataille de Friedland.
Envoyé ensuite à l'Ecole d'équitation de Versailles, il en sortit en 1809, au moment de la guerre contre l'Autriche, comme lieutenant au 2e de carabiniers. Il arriva à ce régiment, la veille de la journée de Ratisbonne, où le 2e de carabiniers perdit six capitaines. Ce fut à cette bataille que l'Empereur, frappé par la vue d'un officier de ce régiment qui avait la figure coupée par un terrible coup de sabre, décida qu'à l'avenir les carabiniers porteraient le casque et la cuirasse ornés d'un soleil. Le lendemain, par la force des choses, mon père était nommé adjudant-major. Il était fait chevalier de la Légion d'honneur, après la bataille de; Wagram, où il fut très grièvement blessé. Il fit avec le 2e de carabiniers, et à la tête de la compagnie d'élite, les campagnes de Russie, de Saxe et de France. En 18 15, il passa, comme capitaine, mais avec le rang de chef d'escadrons, au Ier régiment de grenadiers achevai de la Garde royale.
Ce régiment avait alors pour colonel le général Auguste de la Rochejacquelein qui, lieutenant de carabiniers à la Moskowa, mérita par une magnifique blessure le surnom de Balafré, fut fait prisonnier et envoyé en Sibérie. Sa femme, fille du duc de Duras et veuve en premières noces du prince de Talmont, avait conquis par ses charmes le rurnom de a la ravissante comtesse » qu'on lui donnait à la cour. On lui pardonnait toutes les excentricités. Je me souviens de l'avoir vue, en 1827, passer en revue l'ancien régiment de son mari. Elle en portait l'uniforme : le bonnet à poil,
Thabit à brandebourgs d'argent avec épaulettes et aiguillettes, le tout surmontant une jupe d'amazone grise.
En 1817, mon père épousa Mlle de Chalendar, dont le père mourut colonel en retraite, et dont le frère devait mourir général de division.
Pendant tout le temps que j'ai eu le bonheur de vivre auprès d'elle et depuis que le ciel me l'a enlevée, ma mère m'est toujours apparue comme une adorable et sainte femme.
D'un caractère admirable, indulgente pour tous, rigoureuse pour elle seule, elle a trouvé dans sa piété éclairée la force de traverser, avec une soumission et une résignation parfaites , les épreuves douloureuses que la Providence ne lui a pas ménagées. Elle eut trois fils : mon frère aîné, qui mourut à Mostaganem, moi ensuite, et mon frère cadet, qui mourut en bas âge.
Je suis né à Versailles, le 28 mai 1820, et j'ai passl presque toute mon enfance dans la ville du Grand Roi. Je vois encore l'appartement que nous occupions sur l'avenue de Paris, juste en face de l'hôtel des gardes du corps de la compagnie de Noailles. Mon rêve d'enfant était de faire un jour partie de cette magnifique troupe. Qui m'eût dit à cette époque que je commanderais un régiment de cuirassiers caserne à ce même hôtel de Noailles, et que j'habiterais pendant un an, comme ministre de la guerre, le charmant hôtel du capitaine des gardes?
Je vois encore également les belles troupes qui formaient la garnison de Versailles. Il y avait, outre les deux compagnies de gardes du corps, les deux régiments de grenadiers à cheval de la Garde, commandés, le premier par M. de la Rochefontenille qui avait remplacé le général Oudinot, qui lui-même avait succédé à M. de la Rochejacquelein; le deuxième par M. de Bourzac; puis le régiment suisse de M. de Salis. Les Suisses