‹ Mes souvenirs (volume 2)Chapitre 101 sur 211 · SLY · texte numérisé non relu

SLY

Bals masqués. — En quarantaine. — A Sidi-Bel-Abbès. — L'odyssée de Rovigo. — La mère Anselme. — Présage de mort. — En face des Marocains. — Négociations. — Le capitaine Delachèvre. — Pressentiments réalisés. — Les deux armées. — Un punch. — La tête de porc. — Le capitaine Lecomte. — Une désertion. — Bataillons, en avant! — A coups de lance. — A l'ambulance. — Lieutenant.

Les fatigues de la campagne m'avaient épuisé, et je tombai sérieusement malade. Les médecins déclarèrent qu'un congé de convalescence m'était indispensable, et je l'acceptai avec d'autant plus d'empressement qu'il me permettait d'aller consoler ma mère, retirée, depuis la mort de mon père, chez mon oncle, colonel de cuirassiers en garnison au Mans, où je finis par retrouver la santé. C'est là que, le 6 août 1843, je reçus mon brevet de chevalier de la Légion d'honneur, et ce fut mon oncle que, par une attention délicate, le grand chancelier chargea de procéder à ma réception.

L'épaulette et la croix, gagnées en un temps relativement court, auraient pu suffire à mon ambition. L'ère des aventures semblait momentanément close en Afrique, et j'aurais été sans force pour résister à ma mère qui désirait, dans son isolement, me garder auprès

d'elle. Elle eut le courage de lever mes scrupules, en me disant : « Tu te dois à toi-même de rejoindre tes compagnons d'armes, et de reconnaître par ton dévouement les faveurs dont tu as été l'objet. » Je repartis donc, à l'expiration de mon congé, et, comme depuis près de deux ans j'étais détaché du service des troupes, comme Yusuf avait conservé Fleury près de lui, j'obtins de rentrer à mon escadron, à Oran. Nous étions casernes à la mosquée de Kerguentah, avec le 2e de chasseurs d'Afrique, toujours prêts à partir au premier coup de trompette. Mon bagage ne m'aurait pas alourdi, car la petite chambre que j'occupais dans le pavillon des officiers contenait exactement un lit de soldat, un tabouret de campagne, une gamelle, un bidon et mes cantines.

En ce mois de janvier 1844, on s'amusait fort à Oran. Il y avait un bal masqué par semaine, et le brillant colonel Morris, des chasseurs d'Afrique, y battait volontiers des entrechats, déguisé en débardeur. Dans les superbes appartements qu'il occupait au Château-Neuf, le général de Lamoricière en offrit un magnifique, où la femme de mon colonel, Mme de Montauban, en marquise de Pompadour, remporta la palme de la grâce piquante et de l'élégance.

Je fus reçu comme sous-lieutenant, sur le front du 5e escadron, et présenté aux troupes par le commandant Favas, nommé chef d'escadron, à la suite du combat de Sidi-Rached. L'escadron était commandé par le capitaine Billioud, que j'avais connu adjudant de place, en 1835, à Oran. Ancien maréchal des logis aux lanciers de la Garde royale, il avait été fait officier aussitôt après la révolution de 1830, presque à titre de récompense nationale. C'était un gros homme, mal élevé, montant mal à cheval. Il me déplaisait souverainement, je dois l'avouer, et cette antipathie était réciproque. Néanmoins, je servais de mon mieux et je ne rêvais

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