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LES COUPS DE LANCE

Au pied de la petite colline qui portait la tente impériale, nous trouvâmes la seule résistance sérieuse de la journée. Autour de la tente, les meilleurs cavaliers marocains s'étaient réunis et dirigeaient sur nous un feu plongeant qui nous incommoda fort. Un jeune souslieutenant, M. Damotte, fut tué raide. Un capitaine, M. Offroy, eut la jambe brisée par une balle et mourut peu après du tétanos.

Je reçus presque la même blessure que lui. Seulement, la balle, frappant de biais, contourna l'os de la jambe qu'elle traversa de part en part.

Notre réserve de chasseurs d'Afrique survenant, d'un commun élan, nous enlevâmes définitivement la position. On fit dans le camp marocain un butin immense. La tente impériale fut prise avec toutes les richesses qu'elle contenait, et les survivants de cette époque-là se rappellent encore le succès qu'obtint, à Paris, le parasol du fils de l'empereur du Maroc, que le maréchal Bugeaud y envoya, avec les autres trophées de sa victoire.

Nos adversaires se croyaient tellement sûrs de nous vaincre qu'ils n'avaient pas songé à mettre leur camp à l'abri d'un coup de main. Quand l'arrivée des bataillons d'infanterie eut mis les positions enlevées à l'abri de tout retour offensif, nous nous lançâmes à la poursuite des fuyards. Ils se dispersèrent dans toutes les directions, et bientôt ils eurent complètement disparu.

Alors, il fallut bien songer à me faire panser. Je revins à l'ambulance, qu'on avait établie provisoirement dans les dépendances de la tente impériale.

C'est là que je fis la connaissance d'un jeune et charmant officier d'état-major qui faisait son stage au 32e de ligne, le lieutenant Faure. Entre lui et moi commença, ce jour-là, une intimité qui s'est poursuivie à travers les péripéties de notre carrière, et qui durera autant que nous. Ce lieutenant d'état-major, devenu

officier général, succéda, comme chef d'état -major général du maréchal de Mac Mahon, au général Colson, tué à Reischoffen, le 6 août 1870.

Ma jambe sommairement pansée, je rentrai à mon escadron. On parlait d'aller signer la paix à Fez même, et je voulais être du voyage. Et puis, par un heureux hasard, quoique je n'eusse que le 28e rang sur le tableau d'ancienneté, j'étais le plus ancien officier de mon grade présent à la bataille d'Isly, et je ne voulais pas perdre le bénéfice de ce hasard.

On a justement comparé cette bataille d'Isly à celle d'Héliopolis, où Kléber, avec une armée très réduite, défit complètement un ennemi très supérieur en nombre, sans subir plus de pertes que nous en causèrent les Marocains.

Le lendemain, sur le champ de bataille, où les cadavres de l'ennemi commençaient à répandre une puanteur insupportable, nous rendîmes les derniers devoirs aux braves qui avaient succombé. Pour honorer ses morts, le maréchal voulut assister à leurs obsèques.

Il arriva, entouré des principaux officiers de l'armée, et, sur les tombes ouvertes, il prononça une allocution courte, énergique, qui obtint le plus grand succès, quoique, dans sa péroraison, la chaleur de l'improvisation lui eût fait commettre une curieuse erreur. Il s'écria, en parlant de ces braves gens : a Plaignonsles ! mais ne les regrettons pas ! »

Le visage de ses auditeurs traduisit un tel étonnement qu'il se reprit aussitôt et dit : « Regrettons-les ! mais ne les plaignons pas ! »

A la première étape qui suivit la bataille, je compris que jamais ma jambe ne me conduirait jusqu'à Fez. Il me fallut aller à l'ambulance permanente établie à Magrnia.

Nous n'avions au régiment, pour médecin, qu'un officier de santé. Il m'avait mal pansé. La blessure s'était enflammée et ma jambe avait enflé. Heureuse-

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