EN KABYLIE
Le gênerai Marey-Monge. — A Médéah. — M. de Saint-Amand. — Un petit roman. — Au bagne de Toulon. — Fabius Cunctator. — Le capitaine Piat. — Les spahis en régiments. — Sidi-Brahim. — Un Régulus français. — Catastrophe d'Aïn-Témouchen. — - Un Montmorency arabe. — Au Ier escadron.
Pendant qu'Abd-el-Kader, à la tête de ses cavaliers, côtoyait, sans y prendre part, nos opérations de guerre contre le Maroc, il avait dépêché des émissaires à toutes les sociétés religieuses de l'Algérie qui lui obéissaient, afin de préparer une insurrection générale, pour le cas où nous serions battus. La victoire d'Isly ayant détruit cette hypothèse, l'Emir eût désiré la tranquillité provisoire, mais ses excitations avaient enflammé quelques têtes folles de la Kabylie et, au lendemain de sa victoire, le maréchal Bugeaud apprenait, sans surprise d'ailleurs, que les tribus kabyles menaçaient la Mitidja. Il revint rapidement à Alger, réunit les troupes disponibles et se porta avec elles au col des Beni-Aïcha, à l'extrémité est de la plaine. Là, il débusqua les Kabyles de positions qu'ils jugeaient inexpugnables et les châtia. L'escadron de Médéah, dans lequel j'étais classé comme lieutenant et que je n'avais pas encore rejoint, fit partie de cette expédition.
Les quelques jours que je passai à Oran en conva-
lescence furent marqués par un incident assez insignifiant, mais curieux tout de même. A ma nomination d'officier, mon père m'avait fait cadeau d'une paire de pistolets à laquelle, naturellement, je tenais beaucoup. Ces armes me furent volées, dans ma petite chambre. Je fis toutes les démarches possibles pour les retrouver, sans y parvenir, et, convaincu qu'elles m'avaient été prises par une association de mauvais sujets du 2e de chasseurs d'Afrique qui furent, peu de temps après, condamnés par les conseils de guerre pour vols d'armes dans les chambres d'officiers, j'en fis mon deuil. Trois ans plus tard, dans une razzia sur une tribu des environs de Tlemcen, le colonel de Montauban reconnut, au milieu du butin, mes pistolets à mon chiffre. Il me les renvoya, en parfait état de conservation, et je les ai encore.
J'étais très content de mon nouveau galon, très content de ma nouvelle garnison et très content de mon nouvel escadron, qui passait pour un des meilleurs du corps. Le capitaine Piat qui le commandait était un excellent homme, très aimé de ses soldats, et pourtant très indépendant de ses chefs, qui lui passaient toutes ses fantaisies à cause de ses qualités. Mais s'il était impatient de l'autorité des autres, il était jaloux de la sienne à tel point que, pour se faire bien venir de lui, ses officiers n'avaient qu'à ne se mêler de rien. Ce qu'il redoutait par-dessus tout, c'était leur zèle. Ce qu'il prisait par-dessus tout, c'était leur abstention systématique.
J'ai déjà dit que le général Marey-Monge avait succédé, dans le commandement de Médéah, au duc d'Aumale. Je trouvai cet homme austère partagé entre deux passions : la recherche d'un sabre pour la cavalerie et l'éducation des bêtes féroces. Son cabinet était tapissé de sabres de son invention. Le problème pour lui consistait à déterminer le centre de gravité, entre la pointe et la poignée, de façon à obtenir un équilibre parfait,