‹ Mes souvenirs (volume 2)Chapitre 12 sur 211 · MOSTAGANEM · texte numérisé non relu

MOSTAGANEM

ganem est à cheval sur un ravin, comme beaucoup d'autres villes arabes de la côte. Ce ravin sert de lit à un ruisseau qui sort, à quelques kilomètres, de la fontaine d'Aïn-Seffra, et vient se perdre dans la mer, au pied du fortin de la Marine. Il partage la ville en deux parties, reliées ensemble par une bonne route et un pont de bois : Mostaganem proprement dit, et Matamore, qui ne contient guère que des établissements militaires. Tout cela est entouré d'une chemisette crénelée, suffisante pour que les défenseurs n'aient guère à craindre d'assaillants non munis de grosse artillerie. D'anciennes constructions espagnoles ont été utilisées pour la défense et sont devenues le Fort des Cigognes et le Fort des Sauterelles; et cet ensemble est dominé par une vieille forteresse espagnole : le Fort de l'Est, armé de pièces à longue portée. Enfin l'habitation du commandant de place, où loge encore aujourd'hui le commandant de la subdivision, est une très belle maison mauresque, surmontée de sa terrasse d'où l'on a une vue magnifique, puisqu'elle s'étend jusqu'à Mazagran, sur toute la banlieue, garnie de jardins et de vergers, fournissant des fruits excellents.

Autour de la ville, deux faubourgs en ruine prouvaient que, jadis, elle avait été un centre de population des plus importants. Sa population, aujourd'hui réduite, se composait de Maures, de Coulouglis, de M'zabites, de quelques Turcs, et d'un certain nombre de familles arabes logeant , non sous la tente , mais en ville , et appartenant aux Douairs, aux Smélahs et aux Bordjias, trois tribus soumises. Les Douairs et les Smélahs, dont la principale fraction était campée, comme je l'ai dit, autour d'Oran, étaient des dissidents, groupés autour du neveu de Mustapha-ben-Ismaïl, un beau vieillard, aux nobles allures, qui s'appelait El Mezari. Les Bordjias obéissaient à un magnifique et gigantesque

cavalier nommé Kaddour-ben-Morfi. Ces deux chefs relevaient de l'autorité militaire. Le reste de la population indigène était administré par un magistrat appelé le Hakem, qui dépendait du commissaire civil. Le principal personnage indigène était le mufti nommé Si-el- Haïachi, homme très fin et très intelligent.

La population européenne, en dehors des militaires, ne dépassait pas soixante personnes ; elle se composait de quelques débitants italiens et de quelques Espagnols, jardiniers ou portefaix. L'autorité civile était représentée par deux fonctionnaires : le commissaire civil, M. Tixier, homme de relations faciles et agréables; et le receveur des douanes, M. Viton, homme systématiquement insupportable, dont le rôle se réduisait à taxer les denrées apportées par les Arabes au marché et à soulever de perpétuelles difficultés avec l'autorité militaire. La garnison se composait d'un bataillon du 47e de ligne, qui avait ses deux compagnies d'élite à Mostaganem, et ses six compagnies du centre réparties entre Matamore, les forts et les blockhaus. Il avait pour commandant le chef de bataillon de Ménonville, officier très distingué, mais d'un caractère violent, soupçonneux, et dont je raconterai bientôt la fin tragique. L'artillerie était dirigée par le capitaine Palais, qui commandait à un nombre de canonniers gardes-côtes suffisant pour assurer le service des pièces en position sur les remparts. Le génie était représenté par le capitaine Mazuel.

A cette époque, encore plus que maintenant, le service était perpétuellement entravé par les prétentions de ces deux armes savantes : l'artillerie et le génie, dont les officiers ne voulaient obéir qu'à leurs chefs particuliers, sans tenir compte des exigences du service local, et se retranchaient derrière leur budget spécial, pour transformer en affaire interminable la moindre demande des commandants de place.

Mon père, qui exerçait toutes les fonctions du com-

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