‹ Mes souvenirs (volume 2)Chapitre 11 sur 211 · UNE CORRESPONDANCE · texte numérisé non relu

UNE CORRESPONDANCE

cet avis, avait voulu descendre à terre, avec une compagnie de fusiliers marins, pour ramasser les projectiles qu'il avait lancés la veille, dans un exercice au canon, et aussi pour chasser. Il avait été chargé par les Arabes, avait eu un quartier-maître blessé grièvement, avait reçu lui-même un coup de yatagan qui lui avait enlevé deux doigts et avait perdu un enseigne de vaisseau, M. de France, enlevé et conduit à Abd-el-Kader dont il fut le premier prisonnier français. Le général l'Etang avait puni M. Révéroni, pour ne s'être pas opposé au passage des marins, ce qui était injuste, car le commandant n'avait aucun moyen efficace d'interdire la côte à l'équipage d'un stationnaire.

Arzew avait dépendu d'abord de Mostaganem. Mais, pour la facilité des communications, on l'avait rattaché à Oran.

Son premier commandant avait été un officier de dragons, le capitaine Gay, dont la correspondance, conservée aux archives de Mostaganem, m'amusa beaucoup plus tard. Ce capitaine Gay avait une façon à lui de correspondre avec ses chefs. Il écrivait à son général, à Oran :

« Mon Général,

a La gourmandise qui a perdu nos premiers pères a vient de causer la mort de onze soldats du bataillon. « Ces malheureux, ayant voulu aller cueillir des figues « de Barbarie, dans un enclos près d' Arzew, y ont « trouvé des Bédouins embusqués qui leur ont coupé a le cou. »

Quelques jours après, nouvelle lettre :

« Mon Général, 0 Nouveau désastre. Six chasseurs d'Afrique ont

« encore voulu aller cueillir des figues de Barbarie.

« Poussés par le démon de la gourmandise, ils ont eu

« le même sort que leurs camarades, surpris par les

« Bédouins. »

Il y avait encore dans les archives une lettre annonçant l'envoi de quelques pots de miel au général Trézel :

« Mon Général,

« Je vous envoie quelque chose analogue au carac- « tère de Madame : des pots de miel. »

Enfin, ce brave capitaine Gay, explorant un jour avec sa lunette d'approche les environs, avait vu des rôdeurs arabes : « Tiens ! des Arabes! » s'était-il écrié. « Voilà qu'ils attaquent notre troupeau. Mais c'est qu'ils le prennent ! Ah! mon Dieu! Ils l'emmènent! » Il rentra dans son cabinet, et il écrivit l'aventure à ses chefs.

Sans lui tenir compte des pots de miel, on l'avait remplacé parle capitaine Révéroni.

A Arzew, nous trouvâmes toute une flottille de petites barques, immobilisées comme la nôtre par le gros temps. Il ne nous fallut pas moins de huit jours pour faire nos vingt-huit lieues et toucher à Mostaganem, où nous débarquâmes modestement sur les épaules de notre équipage. De la plage, une route sablonneuse d'environ dix-huit cents mètres monte jusqu'à la ville, partiellement assise sur des rochers escarpés, qui lui constituent des remparts, notamment du côté de la mer. La plage est protégée par un petit fortin, appelé fortin de la Marine, et, entre cette plage et la ville, on trouve encore un blockhaus. Ce n'était pas superflu à cette époque pour contenir les rôdeurs qui, la nuit tombée, s'emparaient des environs de la ville. Mosta-

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