‹ Mes souvenirs (volume 2)Chapitre 143 sur 211 · LA RÉVOLUTION DE FÉVRIER · texte numérisé non relu

LA RÉVOLUTION DE FÉVRIER

Pacification. — Départ de Bugeaud. — Le général Baraguey-d'Hilliers. — Fausse joie. — Le duc d'Aumale. — Prise de l'Emir. — Patriotisme. — La République. — Cavaignac. — L'armée d'Afrique. — Policiers. — A Aumale. — Capitaine.

Cette année-là, nous eûmes pour inspecteur général le général l'Étang, ancien commandant de la province d'Oran. Il revenait en Afrique avec des idées vieilles de dix ans. Il avait la conviction que tout allait bien mieux de son temps. Aussi, quand il retrouva nos spahis, qui ne ressemblaient plus du tout à l'ancienne milice turque, mais à de vrais cavaliers arabes; quand il vit nos escadrons, réduits par les insurrections récentes, ne sut-il pas dissimuler son désappointement. Ses critiques mettaient au supplice le colonel d'Allonville, fier de son passé et de son expérience. Elles devaient amener une scène qui éclata à la fin du dîner d'inspection, auquel j'assistai comme le plus ancien lieutenant du régiment. Aux observations du général sur l'ensemble du régiment, le colonel répliqua qu'il en savait assez pour qu'on lui épargnât les leçons. A quoi le général répondit sèchement, vertement, que les inspections générales avaient précisément pour but de constater l'état des troupes et de leur indiquer les progrès à accomplir. Comme, au fond, il était très juste et

très impartial, cette scène ne l'empêcha pas de proposer le colonel pour l'avancement.

La même année, nous eûmes en Afrique la visite du comte de Salvandy, ministre de l'instruction publique, qui venait pour tâcher d'obtenir du maréchal des concessions sur un programme de colonisation jugé trop absolu par le gouvernement central. Cet homme d'Etat ne nous plut guère. On le trouva généralement hautain, gourmé. Ses manières et son costume trop chamarré contrastaient désavantageusement avec la simplicité charmante, avec la bonhomie séduisante du duc d'Isly. C'est que les résultats qu'il avait obtenus justifiaient parfaitement les exigences du maréchal. L'insurrection redoutable du Dahra était terminée, grâce à la vigueur sans pareille du colonel de Saint-Arnaud, admirablement secondé par le jeune commandant Canrobert. Bou-Maza, capturé, avait été expédié à Paris. Abd-el-Kader avait été chassé du Sud de l'Algérie et entamait dans le Maroc ses dernières intrigues. Toute la colonie était pacifiée, à l'exception du massif de la Kabylie. Le maréchal prépara, pendant l'hiver de 1846-47, une grande expédition contre les tribus du Djurjura, qu'il dirigea lui-même, au printemps. En quinze jours, il livra trois grands combats et nettoya tout le pâté montagneux entre Hamza, Sétif et Bougie. Pour n'être pas troublé par les tribus du Sud, il chargea le général Yusuf de parcourir les Hauts-Plateaux, à la tête d'une colonne légère dont je fis partie. Nous trouvâmes, au sein d'une paix profonde, les tribus que nous avions bousculées, l'année précédente, et nous n'eûmes pas un seul coup de fusil à tirer. Le seul incident intéressant fut une pointe poussée par quelques officiers jusqu'à Aïn-Madhi, et la visite qu'ils rendirent à Tidjeni, le chef puissant de la secte des Tedjaynas, qui dominent tout le sud de l'Algérie. Nous retrouverons bientôt ce chef et cette ville sur nos pas.

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