‹ Mes souvenirs (volume 2)Chapitre 147 sur 211 · FAUSSE JOIE · texte numérisé non relu

FAUSSE JOIE

qui nous a appris que le capitaine avait été subitement atteint d'une méningite à laquelle il a succombé en quelques heures. » Je donnai quelques regrets à la mémoire de ce pauvre Mesmer, et je commençai à tourmenter le capitaine trésorier, pour qu'il envoyât au ministère le bulletin de vacance qui devait provoquer ma nomination. « Je ne puis pas le faire, me disait-il, tant que l'hôpital d'Alger ne m'aura pas envoyé le billet de décès du capitaine. » Moi, je ne comprenais pas qu'il fallût tant d'histoires. Un soir, mon camarade Périer, qui demeurait dans la même maison que moi, me dit en rentrant : « A propos, vous savez, Marguerite arrive d'Alger. Il a vu Mesmer, qui va beaucoup mieux, qui est hors d'affaire. — Comment! Mesmer hors d'affaire? dis-je. Il est mort, c'est entendu! » Il n'était pas mort, et même il était assez bien portant pour s'en aller en France, en congé de convalescence. Notre maître tailleur avait rencontré un officier de chasseurs d'Afrique qui lui avait dit : a Mesmer vient d'être transporté à l'hôpital avec une méningite; il doit être mort à cette heure-ci. » Et le maître tailleur, revenant à Blidah, pour corser la nouvelle, avait raconté qu'il venait de voir un officier de chasseurs sortant des obsèques du capitaine Mesmer. D'ailleurs, la fausse nouvelle avait fait son chemin, car, en arrivant en France, Mesmer trouva sa famille qui portait son deuil, et je ne sais pas si la résurrection du capitaine fut plus agréable à ses parents affligés qu'à moi.

En septembre, le maréchal Bugeaud ayant maintenu sa démission, parce qu'on refusait de lui concéder les points essentiels de son programme, S. A. R. le duc d'Aumale, désigné par le maréchal lui-même comme le plus capable de lui succéder, fut nommé gouverneur général de l'Algérie. Cette nomination fut acclamée à la fois par l'armée et par la population civile, comme une promesse de bonheur et de prospérité. Le Roi, en 1. 21

confiant à l'un de ses fils le gouvernement de l'Algérie, témoignait à la colonie sa sollicitude et sa résolution de la développer. Le Prince, qui connaissait à fond l'Algérie, y avait révélé des talents de premier ordre, comme administrateur et comme homme de guerre. Son arrivée allait fournir une heureuse transition pour ôter au gouvernement de l'Algérie ce qu'il avait de trop exclusivement militaire, tout en maintenant sur l'armée une autorité incontestée, L'illustration de sa naissance, son titre de fils du Roi devaient consolider notre domination, en la rehaussant aux yeux des indigènes. Enfin la présence à Alger d'un prince possesseur d'une fortune immense plongeait le commerce dans le ravissement.

Sans vouloir bouleverser de fond en comble le système suivi jusqu'alors, le Prince, libre de tout engagement, ayant ses vues personnelles, un programme longuement médité, n'entendait pas se rendre absolument solidaire des actes de son prédécesseur. Il le prouva bien en ramenant avec lui, comme chef d'état-major général et commandant de la province d'Alger, le général Changarnier, qui avait conquis son illustration sur cette terre d'Afrique où, en des circonstances à jamais mémorables, il avait montré un si ferme courage et une si invincible énergie. Il adjoignit, en outre, à sa maison militaire plusieurs officiers d'ordonnance du plus haut mérite, entre autres le capitaine de Mirandol, le capitaine Doulcet, de l'état-major, qu'une attaque foudroyante de choléra devait, en 1849, enlever à un brillant avenir , le lieutenant d'état-major Foy , sorti récemment de l'École polytechnique et fils de l'illustre orateur libéral. Ils devaient être de très utiles auxiliaires, perpétuellement en courses, allant étudier toutes les questions sur place, allant porter les ordres du Prince et en surveiller l'exécution.

Enfin, par une suprême faveur de la fortune, coïncidant

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