‹ Mes souvenirs (volume 2)Chapitre 9 sur 211 · DEUX RÉVOLTES · texte numérisé non relu

DEUX RÉVOLTES

dont le retentissement fut considérable et le succès incontesté. Là, les Douairs et les Smélahs se couvrirent de gloire, et leur chef, Mustapha-ben-Ismaïl, comprenant la tactique du général Bugeaud, déploya une intelligence et un dévouement qui auraient suffi pour illustrer un général régulier. Le 6e escadron du 2e de chasseurs d'Afrique, lancé à propos dans une charge vigoureuse, sous les ordres du capitaine de Montauban, le futur commandant de l'expédition de Chine, rompit la cavalerie arabe et lui fit près de deux cents prisonniers. Cela ne nous était jamais encore arrivé, et jusque-là les cavaliers arabes avaient toujours passé pour insaisissables. Ces prisonniers, envoyés en France, y furent montrés comme des bêtes curieuses. Le ravitaillement de Tlemcen marqua la fin de la mission du général Bugeaud, qui rentra en France pour y exercer ses fonctions de député. Le général d'Arlanges avait été rapatrié pour soigner sa blessure, et ce fut le général l'Etang qui lui succéda.

C'était une figure militaire bizarre. Tout petit, les cheveux roux, il avait l'air d'un gamin, et pour augmenter encore cette apparence juvénile, il portait la veste ronde et la casquette plate, dont on affublait en ce temps-là les lycéens. Soldat de premier ordre, décoré de la croix d'officier de la Légion d'honneur, comme lieutenant aux chasseurs de la Garde impériale, ce qui était tout à fait inusité, il comptait de magnifiques services de guerre. Mais, violent, autoritaire, rageur, substituant sa volonté aux règlements , il avait organisé d'une façon déplorable, à Oran même, le 2* chasseurs d'Afrique dont on lui avait confié la formation. Chose inouïe dans l'armée française, en dehors des révolutions, ce régiment se révolta deux fois, presque coup sur coup.

Un jour, un brigadier ivre rencontra des femmes arabes qui revenaient des bains maures. Il enleva le

voile d'une d'entre elles, la femme du caïd Ibrahim. Emoi parmi les notables, qui vinrent se plaindre au général des Michels, alors commandant à Oran. Celuici, se rappelant que Napoléon en Egypte imposait à ses soldats, sous les peines les plus sévères, le respect des mœurs et coutumes des indigènes, infligea au brigadier de chasseurs trente jours de prison, et ordonna que le coupable serait conduit à la prison de Mers-el-Kébir, monté sur un âne et portant, sur sa veste retournée, une pancarte où seraient inscrites la faute et la punition. Les chasseurs d'Afrique, à cette époque-là, se recrutaient parmi les mauvaises têtes de France. Quelques cavaliers rencontrèrent le brigadier ainsi accoutré, coururent au quartier, persuadèrent à leurs camarades que l'honneur du régiment était compromis; le corps entier monta à cheval et alla délivrer le coupable qu'il ramena en triomphe. Ce fut un scandale qu'atténua cependant le colonel l'Etang, en faisant rentrer à force d'énergie les mutins dans l'obéissance et reconduire le coupable en prison , après l'avoir dispensé cependant de l'écriteau. Quelques mois plus tard, le colonel trouvait dans une rue d'Oran deux de ses cavaliers aux prises avec un bourgeois qui fit appel à son autorité. Fâcheuse idée, car, non seulement le colonel donna raison à ses hommes, mais il tomba lui-même sur le bourgeois. C'était le fonctionnaire remplissant la charge de maire et d'officier de l'état civil. Autre scandale, dont le général des Michels profita pour faire partir le colonel l'Étang, qui revint pourtant, pour accompagner le Prince Royal à Mascara et y gagner ses épaulettes de général.

Le choix de son successeur à la tête du 2e de chasseurs d'Afrique était très difficile. Il tomba sur un des plus jeunes colonels de l'armée : le colonel Oudinot, le fils du maréchal, qui trouva un régiment en feu, un corps d'officiers divisé en Montaigus et en Capulets,

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