‹ Mes souvenirs (volume 3)Chapitre 1 sur 309 · MA RENTREE DANS LA GARDE IMPERIALE · texte numérisé non relu

MA RENTREE DANS LA GARDE IMPERIALE

Retour du Mexique. — Visite à l'Empereur. — Et Maximilien ? — Mon aide de camp. — Une brigade de la Garde. — Les Guides. — Le prince Murât. — Les chasseurs à cheval. — Les généraux de la Garde. — L'état-major de la Garde.

Lorsque je revins du Mexique , un bruit d'armes avait traversé l'Europe, et la France s'était demandé, un instant, si elle ne serait pas entraînée dans des complications militaires européennes. Il s'agissait de cette question des duchés qu'un jour, à Mexico, le correspondant de la maison Rothschild m'avait représentée comme une allumette capable d'embraser l'Europe. L'Autriche et la Prusse avaient uni leurs forces pour écraser la petite armée danoise qui résista vaillamment dans ses lignes de Dùppel. Les deux alliés se partagèrent les dépouilles du Danemark. L'Autriche prit le Holstein; la Prusse, le Schleswig.

Il ne fallait pas être grand clerc pour comprendre

que cette combinaison bizarre était grosse de difficultés.

En recherchant la complicité de l'Autriche, pour cette

œuvre déloyale où la force prima le droit, M. de Bis-

iii. i

marck visait plus haut que la possession du Schleswig; il voulait compromettre la maison de Habsbourg vis-àvis de la Confédération, lui enlever des sympathies qui eussent entravé l'œuvre prussienne , c'est-à-dire la substitution de l'hégémonie réelle des Hohenzollern à la suprématie nominale de la Maison de Lorraine. Il n'était pas fâché non plus de voir manœuvrer aux côtés de l'armée prussienne l'armée autrichienne, afin de se rendre compte de ce que valaient ses futurs ennemis.

Cette guerre préparatoire, en révélant la supériorité du fusil à aiguille, fortifia les généraux prussiens dans la conviction qu'ils viendraient facilement à bout de l'armée austro-hongroise, et leur présagea par avance le futur succès de Sadowa.

Le Français est un homme qui n'aime pas se mettre à sa fenêtre. Chez nous, on s'occupe généralement fort peu de ce qui se passe à l'étranger. Cependant, le conflit apaisé avait laissé un certain malaise dans l'opinion des classes éclairées. L'Empereur jusque-là avait passé pour l'arbitre de l'Europe. Il avait joué, sinon dans la réalité, du moins aux yeux de son pays, ce rôle suprême qu'enviait naguère le grand Frédéric quand il disait : « Si j'étais le roi de France, il ne se tirerait pas un coup de canon en Europe sans ma permission. » Nous nous complaisions, jusqu'à nous y endormir, dans cette idée qui flattait notre orgueil. Or, on venait de tirer le canon en Europe sans nous demander licence. On l'avait tiré contre un de nos plus vieux et de nos plus fidèles alliés. C'était presque une offense, et on se demandait pourquoi l'Empereur n'avait pas fait profiter la Maison de Danemark de cette protection qu'il avait prodiguée, d'accord avec une opinion égarée, à la Maison de Piémont qui, dans toute son histoire, n'a jamais fait qu'exploiter les alliances.

L'Empereur, disait-on, aurait voulu agir en faveur du Danemark, mais l'abstention de l'Angleterre, déci-

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