‹ Mes souvenirs (volume 3)Chapitre 2 sur 309 · RETOUR DU MEXIQUE · texte numérisé non relu

RETOUR DU MEXIQUE

dée à la neutralité, lui avait lié les mains, car il ne voulait pas s'exposer à une aventure bien plus grave que celle du Mexique et mettre sur les bras de la France isolée toutes les forces de la Confédération germanique. Bientôt, d'ailleurs, on ne pensa plus au Danemark mutilé, et ce premier avertissement fut perdu.

En arrivant à Paris, j'étais fort mal en point, mais le contact de la terre natale me semblait le remède le plus efficace et le plus délicieux. Et je partageais sur ma santé l'opinion de ma femme qui me trouva moins malade qu'elle se l'était figuré. J'échappai même à une saison de Vichy. Des médecins éminents me l'avaient recommandée; d'autres médecins non moins éminents m'ont déclaré plus tard qu'elle m'aurait été fatale, et m'ont porté à bénir mon indocilité à l'égard de leurs confrères. Je comptais, d'ailleurs, ne rester en France que le temps strictement nécessaire à un radoubage sommaire, et retourner le plus vite possible auprès de mes bons cavaliers.

Ma première visite fut naturellement pour le ministre de la guerre , le maréchal Randon , mon ancien patron d'Algérie. Quand il me vit arriver dans un état de transparence à peu près parfaite, la figure ravagée, avec l'aspect d'un squelette ambulant, il me prodigua les marques du plus chaleureux intérêt.

— Vous ne retournerez plus au Mexique, me dit-il, dès le début de notre conversation ; vous y avez largement payé votre écot. Il s'agit maintenant de savoir où je vais vous caser.

Je répondis au ministre en le remerciant de sa bienveillance et en l'informant que, dans ce cas, j'accepterais avec un plaisir infini la subdivision de Médéah, que le général Ducrot venait de quitter, pour prendre le commandement de la 6e division militaire à Strasbourg, où il allait se révéler comme la plus vigilante des senti-

nelles et le moins écouté des prophètes, et d'où il allait porter sur l'Allemagne le plus clairvoyant des regards, sans parvenir à faire partager ses craintes et ses convictions. L'Algérie était ma patrie militaire, le cadre de ma jeunesse guerroyante. Dans cette subdivision de Médéah, dans cette province de Tittery, j'avais distribué des coups de sabre à profusion, exercé des commandements importants, quoique secondaires, gagné un avancement rapide et conquis des amitiés précieuses. Des provinces de Médéah et de Tittery, je connaissais les hommes et les choses, à une tente près, à un buisson près. J'y aurais vécu heureux et utile. Le Maréchal ne voulut pas entendre parler de cette combinaison.

— Fait comme vous l'êtes, me dit-il, vous ne pouvez pas reprendre une vie aussi active. Je vous interdis l'Algérie au même titre que le Mexique. Je ne veux pas avoir à. me reprocher de vous avoir ruiné de fond en comble le tempérament.

— Alors que diriez-vous, Monsieur le Maréchal, d'une brigade d'infanterie au camp de Châlons?

C'était encore là une de mes combinaisons favorites ; je désirais commander de l'infanterie, pour compléter mon instruction technique. Par malheur, à cette époque, on avait encore la manie de maintenir les officiers généraux dans leur arme d'origine.

— Non, me dit le Maréchal, en appuyant son refus sur des motifs qui étaient, d'ailleurs, trop flatteurs pour moi. Vous avez une spécialité d'officier de cavalerie. J'entends que vous la conserviez. Et puis, vous avez besoin de repos. Jouissez tranquillement de votre congé et fiez-vous-en à moi pour vous trouver, avant qu'il soit terminé, un poste dont vous aurez lieu d'être satisfait.

J'ai su depuis que le Maréchal songeait à ce moment à me prendre au ministère comme directeur de la cavalerie, en remplacement de l'excellent général de Vi-

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