LE DOCTEUR PASQUIER
règle capitale dans les guerres civiles : ne jamais permettre un contact quelconque entre la troupe et l'insurgé, maintenir la troupe hors du rayon d'action, et ne la faire donner qu'au moment où son intervention devient indispensable. Mais, malgré tout, on se demandait comment se conduiraient en face les uns des autres ces hommes qui venaient de vivre et de combattre à côté les uns des autres. La mort d'un homme en décida.
Avec la première compagnie, marchait un médecin militaire, nommé le docteur Pasquier. Quand il vit que les armes s'apprêtaient, et qu'en face des soldats les fédérés, massés de l'autre côté du rond-point de Courbevoie, allaient faire feu, il dit à un officier qui était à cheval à côté de lui : « C'est trop bête ; je vais aller faire entendre raison à ces gens-là. » Et il partit en avant, en parlementaire amateur, agitant son mouchoir et faisant des gestes d'apaisement. Les fédérés l'accueillirent par une décharge qui le renversa mort. C'était fini. Les soldats, en le voyant tomber, prirent instantanément leur parti. « Ah ! c'est comme cela ! Ils tuent nos médecins ! Attends voir ! » Voilà ce que pensa Dumanet, et Dumanet fit feu. Et quand Dumanet eut fait feu, il continua. Les gardes nationaux, les curieux qui étaient venus pour voir s'enfuirent en désordre vers Paris.
Le lendemain 3, eut lieu une seconde sortie. Elle fut désastreuse, pour les gens de la Commune. La 2e division de cavalerie, qui contenait deux régiments de gendarmes à cheval, balaya ou captura bon nombre de gens qui étaient venus jusqu'à Rueil et dont la retraite se trouvait coupée. Ce fut là que périt Flourens, celui qui, pendant le siège, s'était affublé du titre bizarre de « major de rempart ». Il fut surpris à la porte d'un estaminet, au moment où il cherchait à s'échapper, sa valise à la main. Un capitaine de gen-
darmerie nommé Desmarets lui fendit la tête d'un coup de sabre. Ce capitaine fut décoré pour cela. Après sa retraite, il est mort, je crois, juge de paix en Vendée.
Les premières nouvelles de cet engagement qui arrivèrent à Versailles étaient assez contradictoires pour que M. Thiers, redoutant par-dessus tout un premier échec, qui eût doublé la force morale de l'insurrection, m'envoyât d'urgence, à Viroflay, l'ordre de ramasser tout ce que je trouverais de troupes et de les mener, en guise de renfort, au général Vinoy. Je partis en hâte, avec quelques compagnies de la brigade Lamariouze. Mais, entre Garches et Vaucresson, je rencontrai le général Vinoy qui rentrait, fort satisfait de cette première journée et de l'attitude de ses troupes.
Les opérations actives du second siège de Paris étaient commencées.