LA CONQUÊTE DE PARIS
Bonne organisation. — Le général en chef. — Le général Borel.
Un filet de cavalerie. — Les indicateurs. — Grand officier.
Attaque générale. — La Semaine sanglante. — La répression.
— L'armée acclamée. — Le général Chanzy.
Cependant, l'armée de Versailles grossissait rapidement. On avait d'abord obtenu de M. de Bismarck l'autorisation de porter de 12,000 à 40,000 hommes les troupes régulières rassemblées autour de Paris; et bientôt, l'homme d'État prussien se rendant compte des difficultés et de la grandeur de notre tâche, en face d'une ville insurgée dont l'enceinte était intacte et dont les défenseurs, maîtres de tous les forts détachés, à l'exception du Mont-Valérien, disposaient de 450,000 fusils et de près de 2,000 canons, l'homme d'État prussien, dis-je, avait laissé à M. Thiers toute liberté de rassembler autant de monde qu'il le jugerait nécessaire. M. de Bismarck mettait, en outre, une bonne volonté incontestable à presser la rentrée des soldats de l'ancienne armée régulière, faits prisonniers pendant la guerre, et, comme ils eussent encombré les voies ferrées de l'Est par où ils venaient passer à Lunéville, sous la surveillance du général Clinchant, une partie d'entre eux, qui était cantonnée dans l'Allemagne du
Nord , à proximité de la Baltique , fut transportée par paquebots à Cherbourg, où attendait le général Ducrot. Tous ceux de ces soldats qui n'étaient pas immédiatement libérables arrivaient à Versailles, et, parmi eux, les chefs de corps choisissaient d'abord de quoi compléter leurs effectifs. C'est ainsi qu'à Viroflav on m'amenait des cavaliers de toute provenance. Je les interrogeais. Je compulsais leurs livrets et, sur leur bonne mine autant que sur les résultats de cet examen sommaire, je les attribuais à tel ou tel de mes régiments, où ils allaient se faire équiper, armer et remonter.
Au sein de leur captivité, tous ces braves gens avaient conservé leur esprit militaire , et , heureux de se retrouver, de se reprendre, ils devenaient pour nos jeunes hommes des espèces de frères aînés, des cadres naturels qui versaient au milieu d'eux la force morale, l'entrain, l'esprit de corps, la tradition.
L'armée de Versailles, ainsi recrutée de jeunes et de vieux soldats, devait atteindre, au moment de son entrée à Paris, le chiffre de 140,000 combattants, sans compter les services administratifs et auxiliaires. Et, tant est grande la plasticité militaire de ce pays-ci, elle allait devenir une armée réellement très belle, très solide et très dévouée; pas très bien habillée, par exemple, car on n'avait pas le temps de songer à la coquetterie des uniformes ni aux splendeurs de l'astiquage. Mais, du moins, le troupier était-il bien nourri, et M. Thiers, dans sa manie d'imiter Napoléon, avait emprunté aux traditions du grand capitaine l'art de s'intéresser au bien-être matériel des hommes. A Versailles, on ne manquait de rien. Les arrivages de province avaient été dérivés des Halles centrales sur les marchés de la ville, où la vie était à très bon marché. Nos ordinaires en profitaient. Pour le côté matériel des choses, le Président de la République était très large.