‹ Mes souvenirs (volume 3)Chapitre 133 sur 309 · BONNE ORGANISATION · texte numérisé non relu

BONNE ORGANISATION

Pendant notre captivité, nous touchions tous, nous autres officiers, ou du moins ceux d'entre nous qui avaient voulu en profiter, une solde uniforme dite de captivité et que nous payait l'Administration allemande, quitte à se faire rembourser, après la paix, par le gouvernement français. Cette solde, que je n'avais jamais réclamée, était, je crois, de deux francs cinquante ou trois francs par jour. Au retour, M. Thiers nous fit ordonnancer un rappel de la solde d'activité, à partir du jour où nous avions cessé de la toucher. La plupart des officiers avaient donc le gousset garni, et cela suffit à des hommes habitués à vivre au jour le jour pour leur faire envisager la vie sous un aspect favorable.

Enfin, depuis la première rencontre à Courbevoie, on n'avait plus d'inquiétude sur les dispositions de la troupe, et on savait que jamais plus elle ne fraterniserait avec les insurgés. Je dirai tout de suite quelle fut l'organisation définitive de cette armée de Versailles qui passa de trois divisions à trois corps d'armée, puis à cinq corps d'armée, avec un corps de réserve.

Le Ier corps d'armée fut donné au général de Ladmirault, dont le quartier général était momentanément maintenu à Saint-Germain. Son champ d'opérations était le front ouest de l'enceinte de Paris, et il devait déboucher par Courbevoie pour atteindre Neuilly et la porte Maillot. Ce Ier corps d'armée devait fournir les deux , premiers généraux tués dans le second siège : le général Besson et le général Péchot, frappés mortellement par les éclats d'un obus, sur le pont de Neuilly.

Vieil officier d'état-major, rompu au métier, solide comme un roc, toujours prêt à faire plus que son devoir, simple, modeste, Besson avait été l'un des quatre officiers accompagnant le colonel Canrobert à Tassaut de Zaatcha. Deux d'entre eux avaient été tués m. ,s

sur le coup. Les deux autres, dont Besson, avaient été grièvement blessés. Et, après avoir échappé, dans plus de cent rencontres meurtrières, aux projectiles de l'ennemi, ce héros était frappé par un obus français.

Péchot avait passé de l'Ecole polytechnique dans l'arme du génie. Il était venu de bonne heure en Afrique et s'était fait une place à part dans le service des affaires indigènes. Nous avions été ensemble chefs de bureaux arabes, lui à Alger, moi à Blidah, et nous nous étions beaucoup connus. Il était à la fois un savant très érudit et un cavalier très galant , estimé des hommes et adoré des femmes. A sa mort, de beaux yeux ont pleuré.

Le 2e corps d'armée avait pour chef le général de Cissey, et pour objectif le front sud de l'enceinte de Paris. Il devait être chargé, après avoir nettoyé les localités environnantes, du siège du fort d'Issy et puis de celui du fort de Vanves.

Le 3e corps d'armée était composé de toute la cavalerie que M. Thiers avait voulu réunir sous une direction unique et pour une mission spéciale. Il comprenait donc trois divisions de cavalerie, six brigades, douze régiments et trois batteries d'artillerie. Il fut placé sous mon commandement.

Le général de brigade du Fretay me remplaça à la tête de la ire division et conserva mes deux brigadiers, les généraux de la Jaille et Charlemagne. Cette re division était composée de hussards et de chasseurs.

La 2e division resta sous les ordres du général du Preuil. Elle comprenait deux régiments de gendarmes, formés par les brigades départementales et commandés par le général Dargentolle qui sortait lui-même de la gendarmerie, et deux régiments de dragons, les 4e et 7e, commandés par le général de Bernis. Bientôt, les 8e et

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