UN BON OFFICIER DE CAVALERIE
ments de cavalerie, les brigades et les divisions doivent être commandés par les sous-lieutenants, qui montent toujours mieux à cheval que les colonels et les généraux. L'esprit de décision, la hardiesse, la spontanéité dans l'attaque, le soin et la prudence dans la préparation, l'intelligence du terrain, le tact qui permet de ne pas laisser échapper l'instant fugitif où son intervention sera utile ; voilà des qualités qui priment la science du cheval et qu'on doit d'abord demander à un officier de cavalerie, obligé d'unir ces deux talents en quelque sorte contradictoires : ménager sa troupe, lui épargner les fatigues inutiles, afin de conserver aussi longtemps que possible ses hommes dispos et ses chevaux frais ; au moment de la crise, prodiguer hommes et chevaux jusqu'à l'exténuement complet. En outre, la séparation des deux armes, dès l'entrée des élèves à l'Ecole, ne permettait pas d'établir entre eux la confraternité qui rend tant de services à la guerre, et enfin le cavalier classé tout de suite, dans son arme de choix, n'était plus encouragé au travail par la nécessité d'obtenir un bon numéro de sortie, qui lui permît de choisir cette arme.
Ceux, au contraire, qui voulaient laisser les choses en l'état faisaient valoir que quatre années d'école, deux à Saint-Cyr et deux à Saumur, c'était trop long, surtout maintenant qu'on réduisait la durée du service, et qu'à ce compte-là, beaucoup de jeunes officiers disparaîtraient avant d'avoir figuré dans les régiments.
Voici la combinaison que j'imaginai, et qui fut adoptée, pour mettre d'accord dans l'avenir les partisans du passé et ceux du présent :
Tous les élèves de Saint-Cyr suivaient les mêmes cours, obéissaient aux mêmes règles, recevaient la même instruction équestre, pendant leur première année de séjour à l'Ecole. Au commencement de la seconde année, d'après leur numéro de classement et le nombre des places disponibles, Us étaient admis,
sur leur demande, dans la cavalerie. Une inaptitude manifeste pour l'équitation était, bien entendu, une clause d'exclusion; mais les élèves se l'appliquaient d'eux-mêmes, quand ils n'avaient pas pu parvenir à se mettre convenablement en selle. Ce système dura de longues années, et, d'après les hommes compétents, il donna de très bons résultats. Puis, comme il y a des gens qui aiment le changement pour le changement, on est revenu au système d'avant 1870, en l'aggravant encore, puisqu'on ne tient compte aux candidats que de leurs aptitudes physiques, sans se préoccuper de leurs facultés intellectuelles et morales.
Est-ce un progrès? Je répondrai en citant l'École supérieure de guerre, où les officiers de cavalerie entrent de moins en moins nombreux et où affluent, au contraire, les officiers appartenant aux autres armes. Pour l'école de Saumur aussi l'on est revenu en arrière, et à l'instar de l'école de Hanovre, grâce à notre manie d'imiter le voisin, elle tend à n'être plus qu'une simple école d'équitation.
C'est au milieu de ces occupations purement techniques que vint me surprendre, au commencement de l'année 1873, la nouvelle inattendue de la mort de Napoléon III, qui avait succombé au cours d'une opération de lithotritie. Ainsi se terminait dans l'exil cette existence étrange, romanesque, extraordinaire. Je n'ai pas la prétention d'étudier ici la vie de Napoléon III. Elle abonde en contrastes déconcertants.
Conspirateur sous la couronne, rêveur dans l'action, à la fois entêté et faible, doux et énergique, naïf et retors, libéral et autoritaire, Napoléon III avait débuté par des tentatives avortées, à Strasbourg et à Boulogne, qui eussent dû le perdre, en le couvrant d'odieux et de ridicule. Et pourtant, le nom qu'il portait, le souvenir du Grand Empereur avaient concentré peu à peu sur lui les espérances et les vœux de ce pays-ci, grâce