‹ Mes souvenirs (volume 3)Chapitre 153 sur 309 · A L'ÉCOLE DE SAINT-CYR · texte numérisé non relu

A L'ÉCOLE DE SAINT-CYR

dur, après être allés au feu, d'avoir perdu leur liberté, et, après avoir fait œuvre d'hommes, d'être réduits à l'état d'écoliers. Et la discipline s'en ressentait. Je compatissais à leur chagrin, mais je dus sévir contre leurs incartades. La discipline est le premier devoir du soldat, et le premier devoir de l'officier est d'en donner l'exemple. Je le montrai, en faisant mettre en retrait d'emploi sept de ces jeunes gens qui appartenaient à des familles aristocratiques et influentes. En somme, je voulais inculquera l'Ecole l'esprit cavalier, à la place de l'esprit scolastique.Or, on ne change pas facilement l'esprit d'établissements pareils, parce qu'ils recrutent toujours leurs cadres parmi les éléments qui en sont sortis, et qui ramènent invariablement les idées qu'ils ont reçues.

L'inspection de la section de cavalerie de Saint-Cyr avait, elle aussi, son intérêt et son importance. Jadis, il y avait à Fontainebleau une école pour les officiers d'infanterie, et à Saint-Germain une école pour les officiers de cavalerie. Ces deux écoles séparées furent fondues en une seule établie à Saint-Cyr, dans la maison de Mme de Maintenon, et fournissant indistinctement des officiers à l'infanterie et à la cavalerie. Alors, après deux années d'études, les élèves, classés suivant leur mérite, choisissaient leur arme et y étaient versés en proportion des vacances qu'elle contenait. Ceux qui choisissaient la cavalerie allaient suivre, pendant deux ans, les cours de Saumur, comme officiers élèves.

En 1853, sous le ministère du maréchal de Saint- Arnaud, cet état de choses fut modifié : l'Ecole fut scindée en deux portions, la plus nombreuse réservée à l'infanterie, et la plus restreinte réservée à la cavalerie. Quelques jours après leur admission à l'Ecole, les candidats cavaliers passaient un examen d'équitation, et ceux qui montaient le mieux à cheval étaient admis dans la section de cavalerie. Ils participaient à l'instruc-

3i6 MES SOUVENIRS.

tion générale donnée à leurs camarades de l'infanterie, et suivaient, en outre, des cours spéciaux et des leçons d'équitation très sérieuses. Puis, au sortir de Saint-Cyr, ils allaient passer un an à Saumur, comme officiers élèves.

Plus tard encore, on modifia le système. Fantassins et cavaliers furent versés dans leurs régiments à la sortie de Saint-Cyr, et, après un an de séjour au corps, les cavaliers allaient passer une autre année à Saumur, pour y compléter leur éducation équestre et militaire. Voilà où en étaient les choses quand je fus chargé de l'inspection de l'Ecole.

Je devais, dans un rapport motivé, me prononcer sur la question très controversée dans l'armée, qui consistait à savoir s'il fallait revenir aux errements d'avant le maréchal Saint-Arnaud, ou laisser les choses en l'état. Ceux qui voulaient revenir en arrière, et c'était le plus grand nombre, disaient ceci : Désigner des jeunes gens pour la cavalerie uniquement parce qu'ils montent bien à cheval, c'est favoriser la richesse. Les fils de famille qui, seuls, montent dès le bas âge l'emporteront toujours dans un pareil examen, et la cavalerie ne profitera même pas de cette sorte de sélection, car la plupart de ces jeunes gens, riches, quittent le service de bonne heure, appauvrissant par leur démission l'arme à laquelle ils appartiennent. Elle se trouve privée des services de jeunes gens qui avaient la vocation et les aptitudes du cavalier, et qui auraient fait d'excellents officiers, s'ils avaient pu apprendre à monter à cheval avant d'entrer à l'Ecole.

Et puis, un officier de cavalerie doit très bien monter achevai. C'est nécessaire. Mais de même qu'on demande à un officier d'infanterie autre chose que de pouvoir faire de très longues routes à pied, on doit demander à un officier de cavalerie d'autres qualités que celles d'écuyer, sans quoi il faudrait admettre que les régi-

Page 1