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LES MISSIONS ÉTRANGÈRES

un sous-officier d'infanterie allemande, en grande tenue, sanglé dans sa tunique bleue, avec le casque à pointe sur la tête, et le sabre-baïonnette au flanc. C'était son homme de confiance, qui ne le quittait jamais. Le second du général de Blumenthal était le général Voigts-Rhetz , qui commandait le 10e corps d'armée, pendant la guerre franco-allemande. C'était un bon gros Allemand, solide, conservant, devant son chef de mission, une attitude pleine de déférence et de respect. A côté d'eux, magnifique dans son galant uniforme de hussard rouge, le major von Wrangel, petit-fils du célèbre maréchal von Wrangel, une des gloires de l'armée prussienne, au commencement du siècle, se distinguait de ses camarades par des manières un peu plus hautaines, un peu moins avenantes. Il était, certes, d'une courtoisie irréprochable, mais on sentait qu'il se croyait appelé à de hautes destinées militaires, et qu'il n'éprouvait pas le besoin de dissimuler la fierté des victoires récentes.

Après la mission allemande, vint la mission russe, conduite par le général comte de Lieven, grand veneur du czar Alexandre II, homme de Cour, seigneur de hautes manières, mais qui, je dois le dire, me parut manquer un peu de franchise et d'expansion. Nous étions au lendemain d'une guerre où la Russie, tout en protestant de sa neutralité absolue, n'avait pas réussi à dissimuler ses sympathies pour notre vainqueur. Elle n'avait pas encore renoncé à cette politique ambiguë qui dictait la conduite du comte de Lieven, très affable pour le représentant de la France, mais ne négligeant aucune occasion de marquer au représentant de l'Allemagne que les affections véritables de la Russie étaient allemandes. Il avait pour adjoint un général-major de relations très franches et très cordiales.

J'eus encore l'honneur de recevoir le représentant de l'Autriche : c'était le prince de Metternich, si connu à Paris par le grand rôle qu'il joua à la cour de Napo-

léon III, où, de 1859 à 1870, il représenta l'empereur François-Joseph. Grand seigneur jusqu'au bout des ongles , élégant , fastueux , aussi galant auprès des femmes qu'auprès des souverains.

Puis ce fut le. tour du représentant de l'Italie, le général Menabrea, tout récemment encore ambassadeur d'Italie en France. Diplomate de la bonne école, réservé, parlant peu, mais exquis à fréquenter. Il était presque Français, d'ailleurs, puisque, Savoisien d'origine, il avait opté pour la nationalité italienne, après la guerre de 1859 qu'il fit en qualité de colonel du génie.

Les autres nations, à part la Hollande, représentée par un délégué, un général-major dont j'ai oublié le nom, mais dont j'ai gardé bon souvenir, n'avaient pas envoyé d'ambassades extraordinaires, et avaient accrédité, pour la circonstance, leurs ministres ordinaires.

Le 10 mai, il y eut grand dîner de gala donné par le ministre des Affaires étrangères. M. Bjœrnstjerna était un petit vieillard très propret, scrupuleusement rasé et portant, sur le sommet de la tête, une perruque minuscule de nuance claire, dans le but, d'ailleurs fort mal atteint, de dissimuler une calvitie à peu près complète. Il s'exprimait en français avec la plus extrême facilité et sans le moindre accent.

En Suède, comme dans tous les pays du Nord, je crois, on a l'habitude de servir avant le dîner, dans un salon précédant la salle à manger, une table garnie de toutes sortes de salaisons, de caviar, d'œufs durs, de poissons fumés. En Russie, on appelle cela les « akowski » . Ce sont les hors-d'œuvre. Les convives en mangent pour se mettre en train et les arrosent, soit avec du madère, soit préférablement avec un verre ou deux d'eau-de-vie de grain. C'est excellent, tellement excellent que les Français, un peu surpris par cette coutume, risquent fort d'avoir dîné avant de se mettre à table. Le dîner du ministre fut somptueux. Au dessert,

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