LE SACRE
nous avions notre place, furent contrariés par une bourrasque de vent et de neige fondue, qui régnait depuis le matin et qui obligea à renoncer à cette partie du programme. Bien avant l'heure fixée pour la cérémonie, l'église immense, revêtue de tentures et de tapisseries, étincelante de lumières et embaumée de fleurs nouvelles mariées à la verdure des palmes, était pleine de tout ce que les deux royaumes de Suède et de Norvège comptent comme élite, entourée et assiégée par une foule endimanchée qui faisait bonne contenance sous la rafale, et se pressait derrière les haies des régiments, échelonnés dans les rues, sur les ponts et sur les places, depuis le Palais jusqu'à l'église du couronnement.
A gauche du chœur, était massé le Corps diplomatique, dans l'amoncellement superbe de ses broderies, de ses cordons, de ses croix et des couleurs chatoyantes de ses uniformes. A droite, les bancs réservés aux grands dignitaires et au clergé.
Faisant suite au Corps diplomatique, les dames de la Cour et de la noblesse, en grande toilette uniforme : robe de satin blanc décolletée, avec traîne de même étoffe, mais de couleur variée, et serrée à la taille. De l'autre côté, des députations de tous les corps constitués : armée , magistrature , administration , enseignement , etc., etc. Et, aussi bien dans cette élite qui remplissait le temple que dans les flots populaires qui en battaient les abords, il régnait, on le voyait, un esprit d'enthousiasme pour une famille royale très aimée, très populaire, et un esprit de recueillement et de respect religieux pour l'acte qui allait s'accomplir, et appeler les bénédictions du ciel sur un règne déjà salué par les assentimentsdes hommes. Tout ce monde-là, c'était manifeste, croyait en un seul Dieu et en un seul Roi.
Vers dix heures, des vivats mariés aux clameurs des cloches, au fracas de l'artillerie des forts, des vais-
seaux du port et des batteries, disposées de distance en distance, annoncèrent l'arrivée du Roi, que le clergé luthérien alla processionnellement recevoir à la porte de l'église.
Il y avait là plusieurs évêques officiant, mitre en tête et crosse en main, mais, détail curieux! les interstices des ornements ecclésiastiques, mal ajustés, permettaient d'apercevoir les habits civils de ces dignitaires de l'Eglise nationale, qui ressemblaient ainsi à nos chantres de village. Pas de rabats, des faux cols. Enfin, une manière de porter la mitre un peu sur l'oreille, comme un képi. Le cortège royal s'avança bientôt, avec une majestueuse lenteur, au milieu de l'église. Comme je n'étais pas précisément là en reporter, comme je ne me figurais pas avoir à rendre jamais compte de la cérémonie, je ne puis donner qu'une impression d'ensemble de la marche de la Cour et des hauts fonctionnaires, s'avançant entre une double haie de trabans, escortant les insignes royaux portés sur les traditionnels coussins, précédant le Roi et la Reine, qui portaient tous deux le manteau royal de drap d'or doublé d'hermine, le Roi sur son uniforme de général, et la Reine sur une toilette blanche, lamée d'argent, et qui vinrent prendre place sur deux trônes élevés à l'entrée du chœur. Un des prélats prononça une allocution religieuse. Le Roi y répondit par un discours. Sa voix, très claire et très forte, emplissait la nef. Puis, sur les saints Évangiles, apportés par les évêques, il prononça le serment national, et, au milieu des chants, des accords de l'orgue et d'un orchestre militaire, il revêtit les insignes du pouvoir souverain. Tout cela était dit en langue suédoise.
A l'issue de la cérémonie, il y eut grande réception au Palais. J'eus l'honneur de défiler, à la tête du Corps diplomatique, devant le Roi et la Reine entourés des quatre jeunes princes et de toute la Cour. Le lendemain,