‹ Mes souvenirs (volume 3)Chapitre 228 sur 309 · L'ANCIENNE ORGANISATION · texte numérisé non relu

L'ANCIENNE ORGANISATION

aux nécessités de la paix. Elle ne répondait certainement pas aux exigences de la guerre. Les troupes n'étaient point placées sous le commandement des généraux qui devaient les conduire à l'ennemi. Les organes du commandement n'existaient pas. Lorsque la guerre éclatait, il fallait commencer par former des brigades avec les régiments, des divisions avec les brigades et des corps d'armée avec les divisions, puis donner des chefs à toutes ces unités. Cette opération, d'où dépendait le sort d'une guerre, était improvisée, au grand détriment des troupes qui ne connaissaient pas leurs chefs, et des chefs qui ne connaissaient pas leurs troupes. Chefs et troupes se heurtaient, avant de se concentrer, dans un désordre inexprimable, et on aboutissait au spectacle qui a paru étonnant, dans les premiers jours de la guerre, de généraux ne sachant où se trouvait leur division ou leur brigade. Il en résultait des retards, des à-coups, un défaut de cohésion et d'organisation qui auraient pu nous être déjà fatals en Italie, et qui furent désastreux en 1870.

La première chose à faire était donc de constituer l'armée en temps de paix comme elle devrait l'être en temps de guerre, et de former d'avance des brigades, des divisions, des corps d'armée qui resteraient sous l'œil et dans la main de leurs généraux, des chefs appelés à les commander dans la paix comme dans la guerre. Il fallait, par conséquent, remanier de fond en comble les circonscriptions territoriales, pour que chaque portion du pays affectée à un corps d'armée pût lui fournir les ressources nécessaires au recrutement, et pour qu'au premier coup de clairon, chaque corps d'armée pût rappeler ses réserves toutes prêtes, compléter ses effectifs et se trouver tout formé pour marcher à l'ennemi. Il fallait, enfin, combiner toutes choses pour que, sous tous les rapports, ces divers corps d'armée se trouvassent en équilibre les uns avec les autres. Et

pour cela, il fallait modifier brusquement des habitudes très anciennes, contractées par les troupes et par la population civile.

Aujourd'hui que tout cela fonctionne régulièrement depuis vingt-trois ans, cela paraît très naturel; mais au début, cela semblait formidable aux bureaux de la Guerre, d'abord, et au public ensuite. Et si je suis arrivé à forcer la docilité des bureaux et à changer les habitudes du public, c'est grâce au concours précieux de collaborateurs parmi lesquels je dois citer, en première ligne, deux hommes dont les services et le dévouement m'inspirent, aujourd'hui encore., autant de reconnaissance qu'ils m'inspiraient, jadis, d'admiration. Je désire qu'ils en trouvent dans ce livre le témoignage public.

Ils s'appellent le général Saget et le général Vanson. Le général Saget a déjà plusieurs fois traversé ces pages. Nous l'avons rencontré, faisant de la topographie dans le Sahara et parcourant, comme chef d'état-major, les champs de bataille de 1870. Dans le grand effort militaire qui suivit la guerre, il était à l'avant-garde, il représentait l'action, la marche en avant, l'avenir, et il apportait au service des idées nouvelles les ressources d'un esprit ingénieux et ouvert, en même temps que celles d'un dévouement à toute épreuve. Quant au général Vanson, je le trouvai avec l'épaulette de chef d'escadron, obtenue après quatorze ans de grade de capitaine. Il avait figuré avec honneur en Crimée, en Italie et au Mexique. Attaché à l'état-major d'une des divisions de la Garde, il avait travaillé pour son agrément aux archives de la Guerre, et, envoyé deux fois en mission en Allemagne, pour assister aux manœuvres, il en était revenu avec des rapports qui auraient pu figurer avantageusement à côté de ceux du colonel Stoffel. Il était employé au deuxième bureau de l'Étatmajor général du Ministère, sous la direction des colo-

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