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LE CONSEIL SUPÉPIEUR DE LA GUERRE

compagnies, il changea son fusil d'épaule, renonça aux six compagnies et organisa les quatrièmes bataillons. Cette formation du quatrième bataillon, qui servit de prétexte à l'alerte de 1875, eut pour conséquence une fournée d'avancement tout à fait anormale, et fit arriver au grade d'officier supérieur des officiers subalternes qui n'étaient point destinés à y parvenir, et qui reçurent un commandement au-dessus de leurs forces. C'était une fausse mesure ; et la preuve en est que, maintenant, on revient aux trois bataillons seulement; mais l'on a sur les bras les cadres des quatrièmes bataillons, dont on ne sait que faire. On peut bien placer les lieutenants et les sous-lieutenants, dans les trois bataillons maintenus ; mais on est forcé de mettre les capitaines à la suite, et des officiers inoccupés se dégoûtent vite de leur métier.

La reconstitution du Conseil supérieur de la Guerre sur des bases nouvelles entrait encore dans mes plans. Ce Conseil n'existait plus depuis la Restauration, alors qu'il était présidé par le Dauphin. Il n'avait plus fonctionné régulièrement. Pendant le second Empire, Napoléon III, quand il avait à prendre quelque grande décision militaire, mandait ses maréchaux, ses principaux généraux en des conférences, comme celle qui eut lieu à Compiègne, lorsqu'on décida la formation de la Garde nationale mobile, et que j'ai racontée en son temps. Mais ces conférences auxquelles, de fondation, prenait part le prince Napoléon, n'étaient pas périodiques et se trouvaient dissoutes, lorsque le sujet qu'elles devaient traiter était épuisé. Leurs délibérations n'étaient mentionnées sur aucun registre, et il ne restait, par conséquent, aucune trace du savoir et de l'éloquence qu'on y avait dépensés. Après la guerre, M. Thiers chercha, comme je l'ai expliqué, à constituer une sorte de Conseil supérieur, dont la principale mission consistait à écouter l'étalage de la

science militaire du président Touche-à-Tout. Il y avait introduit des éléments étrangers à l'armée et des discussions étrangères à la guerre. Ce Conseil n'eut pas d'existence régulière, travailla sans plan, sans méthode, sans procès-verbaux et sans même aboutir à des votes quelconques. On y perdait très consciencieusement son temps.

A l'imitation de Napoléon III, le maréchal de Mac Mahon réunissait quelquefois autour de lui ceux d'entre nous qui possédaient sa confiance, pour étudier avec eux les problèmes concernant l'armée. On ne mettait guère sur le tapis que des questions de principes, à propos desquels chacun disait, en toute franchise, ce qu'il pensait. Le Maréchal se servait de l'ensemble de ces discussions pour se former une opinion personnelle, qui se traduisait immédiatement par une décision pratique. Là encore, pas de méthode, pas de travail régulier, variabilité dans la composition de l'assemblée, suivant les intérêts du moment, pas de programme fixé d'avance et, par conséquent, impossibilité de préparer, de mûrir et d'asseoir les idées.

En réalité, jusqu'alors toutes les questions militaires étaient étudiées par les comités d'armes, génie, infanterie, artillerie, cavalerie, étrangers l'un à l'autre, jugeant chacun à son point de vue spécial, d'une façon étroite et exclusive, composés d'officiers généraux du grade le plus élevé, de l'expérience la plus consommée, mais arrivés, pour la plupart, au terme de leur carrière, réfractaires aux idées nouvelles et amenés, par le fait de leur âge, à considérer le moindre changement dans les habitudes comme un ébranlement des piliers de l'édifice.

Je croyais qu'il y avait quelque chose de mieux à faire, et, dans un rapport adressé au Maréchal, j'exposai l'économie complète d'un nouveau conseil supérieur, véritable conseil d'État militaire, devant lequel

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