‹ Mes souvenirs (volume 3)Chapitre 55 sur 309 · UNE SÉRIE A COMPIÈGNE · texte numérisé non relu

UNE SÉRIE A COMPIÈGNE

exactement ce qu'il voulait, profitant ou s'abstenant, à son gré, des distractions mises à sa disposition. Il n'y avait d'obligatoire que le dîner et la soirée, et encore pouvait-on s'absenter, en prévenant le chambellan de service, qui avertissait l'Empereur. Mais il était de bon goût, on vous le faisait savoir, de ne pas abuser de cette latitude. Voici quel était l'emploi de la journée.

A huit heures , on montait dans les chambres un petit déjeuner composé, d'après les indications données la veille à un employé de la bouche, de thé, de chocolat, d'œufs, de viande froide, de tout ce qu'on demandait. A midi, grand déjeuner auquel on assistait en toilette du matin. Il n'y avait de place réservée pour personne. On n'attendait personne. Les grands personnages qui étaient venus, le matin, pour travailler avec l'Empereur, s'asseyaient auprès des Souverains, et les autres à leur choix.

Pour chaque série, il y avait deux chasses à tir auxquelles on ne prenait part que sur invitation spéciale, et ce jour-là, l'Empereur et les chasseurs déjeunaient à part, avant la chasse. C'était au déjeuner de midi qu'on indiquait le programme de la journée. Ce programme se composait , pour chaque série , de deux chasses à courre, d'une promenade en forêt, d'une visite au château de Pierrefonds, dont Viollet-le-Duc faisait les honneurs. On suivait la chasse et les promenades, si l'on voulait, dans les voitures de la Cour, en prévenant l'écuyer de service, chargé de faire préparer le nombre de véhicules nécessaire. Les écuries ne prêtaient pas de chevaux de selle, mais les invités qui voulaient suivre les chasses à cheval, et c'était notre cas, amenaient avec eux leurs chevaux, qui jouissaient, eux aussi, de l'hospitalité impériale.

Outre les commensaux de la série, les chasses à courre étaient suivies par tous ceux qui portaient le bouton, c'est-à-dire qui avaient le droit de revêtir

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l'uniforme adopté par Leurs Majestés, et qui, ce jour-là, avaient aussi le droit de dîner à la table impériale. Tous les jours, vers cinq heures, quelques-uns des invités du Château étaient conviés au thé de l'Impératrice, dans ses appartements particuliers. Chacun y allait une ou deux fois, pendant son séjour à Compiègne. La conversation, grâce à un fort contingent de littérateurs en renom, y était fort piquante, et l'Impératrice, par esprit naturel ou acquis, savait donner un tour original aux sujets les plus variés.

Le dîner, la grande fonction de la journée, était servi à huit heures. Les dames y assistaient en grande toilette décolletée, et les hommes en frac, culotte courte et bas de soie. On se réunissait dans le grand salon qui précède la salle à manger, et l'on attendait, debout, l'Empereur qui, donnant le bras à l'Impératrice, apparaissait juste au moment de se mettre à table.

Deux places seulement étaient indiquées aux côtés de l'Empereur et deux aux côtés de l'Impératrice, et, pour en faire profiter le plus grand nombre de convives, les privilégiés qui s'y asseyaient changeaient tous les jours. Les autres se mettaient à table suivant leurs convenances ou leurs affinités. Le repas, toujours très luxueux et très recherché, était rapidement servi, et on passait ensuite dans le salon où étaient servis le café et les liqueurs.

Ordinairement, chaque série d'invités assistait à une soirée dramatique donnée par les artistes en renom de la Capitale, appartenant au Gymnase, au Vaudeville ou à la Comédie-Française, et à l'issue de la représentation Leurs Majestés faisaient appeler les principaux acteurs pour les féliciter. J'ai vu là Mme Arnould-Plessis recevoir les compliments de l'Impératrice, comme une chose due, habituelle et acceptée avec un air tout à fait royal. On organisait encore des charades, des tableaux vivants. C'était le triomphe d'un boute-en-train

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