LES CHASSEURS A CHEVAL
le plus clair des fonctions d'un colonel, et cette surveillance active qui aurait eu de quoi s'exercer amplement après le passage du colonel de Cauvigny à travers le régiment.
La tenue des chasseurs que j'ai déjà décrite avait subi une légère modification. On leur avait ôté le cordon du talpack, pour leur donner, à leur grande satisfaction, cette galante sabretache, ornement caractéristique du hussard, supprimée en France depuis la guerre, mais qu'on verra reparaître, le jour où l'armée retrouvera ses brillants uniformes d'autrefois, qui ont une si grande et une si heureuse influence sur l'esprit du soldat.
Mes deux collègues de la cavalerie de la Garde étaient deux anciens compagnons d'Afrique : le générai Dalmas de Lapérouse à la brigade des dragons et des lanciers, et le général de Salignac-Fénelon à la brigade des cuirassiers. Le général de Lapérouse avait été mon lieutenant-colonel aux spahis. Il paraissait réservé à une brillante carrière ; malheureusement il ressentait déjà, à ce moment-là, les premières atteintes d'un mal qui le força à quitter prématurément le service.
J'avais eu pour camarade d'abord et pour chef ensuite le général de Fénelon dans les affaires arabes, et dans le Ier de chasseurs d'Afrique, dont il commandait en Crimée les quatre premiers escadrons, tandis que, comme lieutenant-colonel, je commandais les quatre autres restés à Alger. Il avait épousé la fille du maréchal Randon. C'était un très savant homme qui avait débuté dans l'artillerie, au sortir de l'École polytechnique. Il avait passé de là dans les bureaux arabes, où il avait fort bien réussi, avait compté pendant dix ans aux spahis, sans y paraître, et n'avait pris pied dans la cavalerie que comme lieutenant-colonel. Nos manœuvres, à ce moment-là, régies par le règlement de 1829, étaient fort compliquées; elles exigeaient un long m. a
apprentissage, et le général de Fénelon n'était plus assez jeune pour refaire son éducation. Il a parcouru, néanmoins, une belle carrière, et il est mort commandant du 17e corps d'armée, à Toulouse.
La division de cavalerie de la Garde était commandée par le général Feray, marié depuis fort longtemps à la fille cadette du maréchal Bugeaud. Il était entré au service en 1830, avait reçu une sous-lieutenance à titre de récompense nationale, ainsi que je l'ai déjà dit, et il fut un des rares officiers qui justifièrent cette faveur. En 1851, au moment du coup d'État, il commandait le 7e régiment de lanciers. Son régiment était caserne au quai d'Orsay, ce qui lui valut l'honneur et l'ennui de recevoir et de garder les représentants du peuple que le gouvernement interna, autant pour se mettre à l'abri de leurs entreprises que pour les soustraire aux imprudences qu'auraient pu leur inspirer leurs anciens engagements. Il fit la campagne de Crimée, comme général de brigade, sous les ordres du général Morris, qu'il remplaça à la tête de la cavalerie de la Garde, lorsque ce dernier alla chercher en Algérie des fonctions plus appropriées à sa santé, à ses goûts et à ses intérêts. Le général Feray, pour ce beau commandement de la cavalerie de la Garde, avait un rival des plus sérieux, qui s'y croyait des droits, le général d'Allonville , mon ancien colonel aux spahis et mon ancien général à Versailles. Mais le général d'Allonville était atteint depuis longtemps déjà d'une maladie implacable qui allait le conduire au tombeau. Et puis, il n'avait jamais été très bien en cour. Enfin, l'Empereur voulait pour sa Garde des officiers toujours prêts à entrer en campagne, et, sous ce rapport, le général Feray convenait parfaitement. Il possédait une grande activité physique et intellectuelle, menait de front la fête et le travail, le Jockey-Club et le champ de manœuvres. Il aurait été parfait, s'il avait eu plus