M. DE SAINT-AMAND
casion de Saint-Amand, l'histoire du fameux Pierre Cognard, forçat évadé, qui, sous le nom de comte de Sainte-Hélène, fut arrêté à Paris, au commencement de la Restauration, à la tète d'une légion dont il était devenu lieutenant-colonel. On raconta que de Saint- Amand s'appelait de son vrai nom Pierre Vernet; qu'ancien notaire, il avait pris la fuite pour échapper à une accusation de faux, que dans ses voyages il avait fait connaissance avec un vrai de Saint-Amand, et que cet ami étant mort, après lui avoir raconté toutes les particularités de sa vie, il lui avait volé ses papiers et jusqu'à sa personnalité. Quoi qu'il en soit, réalité ou légende, quand il mourut, on admit qu'il ne portait pas son vrai nom, et, comme son existence à Médéah n'expliquait pas la disparition de tant d'argent, on admit encore qu'il l'avait perdu dans des spéculations hasardeuses, et particulièrement sur les mines de Mouzaïa.
J'étais arrivé démonté à mon nouvel escadron. Mon meilleur cheval m'avait été volé, dans la nuit qui précéda la bataille d'Isly. L'autre, celui que je montais à cette bataille, était resté blessé à Oran. Les dernières campagnes avaient usé beaucoup de chevaux, et les services de la remonte étaient démunis. Le maréchal frappa d'un impôt particulier les tribus et leur demanda des chevaux propres au service. Bientôt les arrivages affluèrent à Médéah, venant de la province de Tittery , qui étadt riche en toutes sortes de ressources, et le maréchal m'autorisa, exceptionnellement, à prendre un cheval.
J'en choisis un dont le bel œil et l'air fier m'avaient frappé. Il était très maigre et paraissait avoir souffert, mais j'étais convaincu qu'avec des soins je le remettrais parfaitement. Je ne me trompais pas, et j'eus bientôt une bête excellente qui, sans me rendre peutêtre les services que la légendaire Lisette de Marbot lui
prodigua, me tira de plus d'un mauvais pas. J'étais convaincu que le maréchal m'en avait fait cadeau. Mais notre trésorier, plus soucieux des intérêts du régiment que des miens, Tinscrivit sur ses contrôles comme appartenant àrÉtat, et par horreur des démarches, je ne réclamai pas.
Jenedemeurab pasàMédéah même. L'escadron était caserne dans une ancienne ferme du bey, à trois kilomètres de la ville , à l'extrémité d'une plaine ondulée appelée la « Plaine Ozanneau >, du nom d'un officier de zouaves qui y avait été tué, dans un de ces nombreux combats dont Médéah fut à la fois le théâtre et l'objet. A côté, se trouvait une espèce de petit pavillon couvert en tuiles, composé de deux petites chambres au premier étage, auxquelles on accédait par un escalier de bois, et réservé au lieutenant, à défaut du capitaine, qui avait obtenu l'autorisation de demeurer en ville. J'y vivais seul, obligé de tirer ma nourriture de la cantine des sous-officiers; mais je m'y trouvais fort bien, surtout pendant la belle saison. Je venais souvent passer la soirée chez le lieutenant-colonel du 33% marié à une femme charmante, et je faisais toujours la route à cheval, parce que, la nuit tombée, avec les brouillards si fréquents dans les pays de montagne, je n'eusse jamais retrouvé ma route, tandis que mon bon cheval, la bride sur le cou, me ramenait infailliblement à l'écurie. D'ailleurs, comme l'hiver paraissait devoir être tranquille, et que ma présence n'était pas indispensable à l'escadron, je profitai encore d'un petit congé que m'obtint la bienveillance du colonel Pélissier, chef d'état-major général.
Le plaisir de voir ma mère, établie à Mauzé, n'était pas, je dois l'avouer, le seul attrait qui m'attirât en France. J'avais un petit roman. Hélas! mon roman n'aurait guère de succès en librairie, ni au théâtre. lia été trop simple et trop court. J'aimais. Elle me préféra