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UNE MÉPRISE

reusement. Nous le vîmes disparaître dans la nuit. Puis, plus rien; silence complet.

Très intrigué, car je m'attendais à entendre des coups de fusil, je continuai mon chemin et j'entrai à Plessis- Picquet. Tout y était calme. Seulement, dans l'ombre, alignée à droite et à gauche de la route, je vis vaguement une troupe, et immédiatement je fus abordé par un chef de bataillon qui venait prendre mes ordres.

— Eh ! que faites-vous ici, commandant ?

— Mon général, c'est M. Thiers qui m'a envoyé à Plessis-Picquet pour vous y attendre, en me prévenant que vous y passeriez avant le jour, et en m'ordonnant de vous appuyer, si besoin était.

. — Eh bien, commandant, vous venez de l'échappei; belle.

Et je lui expliquai qu'ignorant sa présence, comme l'officier d'état-major de M. Thiers lui-même, je venais de le faire charger par vingt-cinq hussards. Ces hussards, à leur tour,. qu'étaient-ils devenus, après s'être évanouis dans l'ombre, sans laisser de traces derrière eux? Voilà ce qu'il fallait savoir.

A l'entrée du village, la route bifurque. Pour aller à Châtillon, il faut tourner à gauche. Si Ton continue tout droit, on va à Sceaux. Lancé à toute bride, le peloton avait manqué la bifurcation, et il était allé jusqu'aux portes de Sceaux, mon aide de camp n'ayant eu qu'au grand jour l'explication de sa très heureuse erreur. Si M. Thiers avait été du métier, jamais pareille chose ne fût arrivée. Il n'avait même pas songé à me prévenir qu'il m'avait ménagé un soutien sur la route. Je laissai le bataillon d'infanterie à Plessis-Picquet, où il était à portée de répondre à mon premier appel, et, à la pointe du jour, j'étais en vue de la redoute de Châtillon. On y faisait assez bonne garde, car notre présence fut bientôt signalée, et nous vîmes la banquette se garnir de défenseurs. On apercevait au-dessus du parapet toutes les

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tètes coiffées du képi de garde national. Mais la garnison ne paraissent pas très nombreuse ; elle ne semblait même pas animée d'intentions très hostiles, car, bien que nous ne fussions qu*à très petite portée, elle ne nous envoya pas seulement un coup de fusil. Nous étions si près d'elle qu'avec de bons poumons, on pouvait se faire entendre. Des orateurs improvisés se mirent à haranguer les troupes, du haut des remparts :

« Vous n'avez pas honte, criaient-ils aux soldats, de venir attaquer le peuple dont vous êtes? Lâchez donc le sale métier d'esclaves qu on vous fait faire, et venez avec nous pour conquérir la liberté, et pour en jouir, i

Je pensais que ces variations sur un thème connu glissaient sur mes hommes, comme de Teau sur le roc. Je n'eus pas le chagrin de les voir imiter la conduite de quelques-uns de leurs camarades d'autres rég^iments qui désertèrent avec armes et bagages. La plupart de ces mauvais soldats furent repris, à la rentrée des troupes, reconnus et fusillés. Je m'avançai assez sur le plateau pour pouvoir découvrir les remparts de Paris. Là, je me rendis parfaitement compte que rien n'était préparé pour une sortie, et j'envoyai l'officier d'étatmajor porter à M. Thiers la vis qu'il pouvait, sans appréhension de ce côté, exécuter ses projets. Puis, je rentrai, après avoir rendu sa liberté au chef de bataillon d'infanterie.

Cependant, le général Vinoy, après avoir reçu mon avis, s'était ébranlé vers Paris, à la tête de quelques compagnies, en même temps que sortaient de Paris plusieurs bataillons de fédérés. C'était la première rencontre sérieuse, le premier contact entre Versaillais et fédérés, et nul n'aurait pu dire comment se comporterait la troupe en face du peuple. On avait bien mis à l'avant-garde les hommes que Ton croyait les plus sûrs, les gendarmes. On avait bien recommandé aux officiers d'observer coûte que coûte une

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