LES GÉNÉRAUX DE LA GARDE
d'aptitudes pour l'exercice du cheval auquel son physique un peu replet le prédisposait mal, A l'expiration de ses trois ans de commandement, il prit la présidence du comité de cavalerie et fut remplacé par le général de Montebello, aide de camp de l'Empereur, ancien commandant en chef du corps d'occupation de Rome. C'était dans son escadron de spahis quej'avais débuté, on s'en souvient, comme élève trompette. Je devais donc me retrouver sous ses ordres comme général de brigade. Je dois lui rendre cette justice que nos rapports ne furent jamais cordiaux, et que je n'eus jamais à m'en louer.
J'ai déjà expliqué comment se faisait le roulement entre la Garde et le reste de l'armée. Quand les officiers de la Garde recevaient de l'avancement, ils repassaient dans l'armée et étaient remplacés par d'autres qui en venaient et qui étaient régulièrement proposés. Pour les généraux, la règle était différente, L'Empereur, voulant faire profiter le plus grand nombre possible d'entre eux des avantages réservés à la Garde, avait décidé qu'après trois ans de commandement, ils pourraient être appelés à d'autres fonctions. Mais on n'appliqua guère cette mesure qu'aux généraux de division. Les généraux de brigade y échappaient. Un seul, à ma connaissance, repassa dans la ligne sans avancement, après ses trois ans; ce fut le général Gault, qui commandait une brigade d'infanterie de la Garde et qui (ut appelé au commandement de la subdivision de Valence. Je ne me suis jamais expliqué les motifs de celte mesure, car le général Gault passait pour un très vigoureux officier de guerre. Un autre, le général de Lapérouse, mon collègue, atteint d'ataxie, tut mis en disponibilité et reçut comme compensation la plaque de grand officier de la Légion d'honneur.
Comme j'écris pour mes vieux camarades au moins autant que pour le public, on me pardonnera, je l'es-
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père, cette habitude que j'ai prise, de rappeler les noms de mes collègues et de mes chefs, à chaque étape de ma carrière. D'ailleurs, mes contemporains n'en entendront jamais trop parler, car si leur gloire fut éclipsée par le malheur, ce n'est pas une raison pour laisser dans Tombre leurs services, et dans le passé de ces chefs vaincus la France peut chercher, avec certitude de les y trouver, des exemples à proposer à ceux de ses enfants qui préparent et espèrent la victoire.
Donc, quand je revins dans la Garde, ses deux divi* sions d'infanterie avaient pour chefs : les grenadiers, le général de Ladmirault, et les voltigeurs, le général Vinoy. Le général de Ladmirault, notre vieille connaissance d'Afrique, qui avait remplacé le général Cavaignac à la tête des anciens zouaves, sous les ordres duquel j'avais servi directement à Aumale et à Médéah, était à ce moraent-là très en vue, à cause de la part qu'avait prise sa division à la campagne d'Italie. Il était déjà désigné pour être un de nos futurs maréchaux. Il devait avoir pour successeur aux grenadiers le général d'Autemare-d'Ervillé et ensuite le général Picard. Le général Vinoy allait bientôt céder la division des voltigeurs au plus populaire de tous les soldats, à l'idole de l'armée, à l'homme que nos bouleversements politiques ont arrêté prématurément au cours de son admirable carrière, dans la force de l'âge et dans l'épanouissement de ses facultés; j'ai nommé Bourbaki, qui devait avoir pour successeur le général Deligny et revenir dans la Garde impériale, pour la commander en chef en 1870, après avoir passé par le poste de confiance d'aide de camp de l'Empereur.
Les généraux de brigade étaient, pour les grenadiers :
Le général Blanchard , très beau militaire ; figure imposante ;
Le général Gault, cité plus haut, et qui passait pour un excellent soldat.
L'ETAT-MAJOR de la garde. Il
Poor les ^-oltigeurs :
Le général Bataille, une de nos belles figures militaires, devenu commandant du 5* corps, et l'un des quatre commandants de corps d'armée que le maréchal de Mac Mahon a refusé de sacrifier aux rancunes répu- Uicaioes ;
Enfin le général Roze, vieil officier d'Afrique, qui avait brillé en Crimée et que sa santé, perdue, a condamné à la retraite, avant la guerre de 1870.
Le commandant en chef de la Garde impériale, le maréchal Regnault de Saint-Jean d'Angely, avait pour chef d'état-major général le générai Lebrun, qui avait remplacé, après la campagne d'Italie, le général Vaudrimey-Davout, et qui devaitavoirpoursuccesseurdès 1866, quand il passa général de division, le général d'Auvergne, mon compagnon d'armes au Mexique.
Artiste de talent, écrivain militaire de valeur, le général Lebrun, dont le mérite était encore rehaussé par une affabilité et une bienveillance extrêmes, avait servi longtemps sous les ordres du maréchal de Mac Mahon, dont il était presque le contemporain et dont il resta toujours le fidèle ami. Le fameux tableau de V Assaut de MalakoffXe. représente debout, l'œil fixé sur sa montre, guettant la minute où le général de Mac Mahon devra donner le signal de l'attaque, en s'élançant le premier hors des tranchées où sont massées ses troupes.
En Italie, nous le retrouvons encore aux côtés du maréchal de Mac Mabon, comme chef d'état-major général de son corps d'armée. Quelques mois avant la guerre, il fut chargé d'une mission en Autriche-Hongrie, mission dont il nous a révélé toute l'importance et tout l'intérêt dans un livre qui éclaire lumineusement ce coin de notre histoire contemporaine.
Au début de la guerre, aide de camp de l'Empereur, aide-major général de l'armée, il fut appelé, lors de la réorganisation de nos troupes au camp de ChAlons, au
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commandement du I2* corps; et on connaît le rôle important qu'il joua à Sedan, en repoussant victorieusement, au commencement de la bataille, les attaques furieuses des Bavarois contre Bazeilles. Il a terminé sa belle carrière militaire comme commandant du 3* corps à Rouen, laissant dans Tannée la réputation d'un chef excellent, qui cachait Tâme d'un grand soldat sous les dehors tranquilles d'un philosophe.
La brigade d'artillerie de la Garde était commandée par mon excellent ami le général de Rochebouët, le plus charmant des hommes, l'esprit le plus ouvert, le cœur le plus généreux et le meilleur des chefs. C'est lui qui eut le courage d'accepter avec le ministère de la guerre la présidence du Conseil, aux jours troublés où Tavortement de la tentative du 16 mai mit en un péril irrémédiable le gouvernement du maréchal de Mac Mahon.
Quand j'aurai dit que nos services administratifs, dirigés par l'intendant Pages, ne pouvaient être en de meilleures mains, j'aurai, je crois, passé complètement en revue tout le haut personnel de la Garde impériale à cette époque.
Troupe magnifique, pleine d'entrain, de vigueur et de dévouement, elle matérialisait en quelque sorte les idées de force militaire inséparable d'un gouvernement i^ipérial. Mais elle n'était, hélas! qu'un rideau brillant, cachant aux yeux, d'ailleurs, obstinément fermés, du public , les défectuosités d'une organisation militaire qui n'était plus à la hauteur des circonstances et des aventures où les calculs d'un génie profond et les illusions d'une génie rêveur allaient bientôt jeter notre pays.