‹ Mes souvenirs (volume 5)Chapitre 124 sur 285 · MORT DE NAPOLÉON I · texte numérisé non relu

MORT DE NAPOLÉON I

à la légende enfouie dans les chaumières par les soldats de la Grande Armée, grâce à l'imprudence d'une monarchie qui, détachée de son tronc naturel, avait voulu se rattacher aux souvenirs impériaux, grâce enfin à la terreur socialiste, qui réduisait la France à réclamer le secours d'un sauveur.

Napoléon III essaya d'être le continuateur de Napoléon I", dont il n'avait ni le génie ni le caractère. Tandis que dans l'oncle, bouillonnaient à la fois l'esprit méthodique d'un César et l'audace aventureuse d'un grand condottiere, dans ie neveu, les lignes précises de J'esprit latin étaient comme brouillées par des brumes hollandaises.

Napoléon I" périt parce qu'il porta tout au paroxysme, à l'outrance, et parce que les événements, d'accord avec sa nature, ne lui permirent jamais la modération. Napoléon IIl a péri parce qu'il s'est arrêté toujours à moitié chemin de ses téméraires entreprises, parce que jamais il n'a voulu aller jusqu'au bout, aussi bien dans son œuvre intérieure où il oscilla toujours entre l'autoritarisme et le libéralisme, où il semblait ne vouloir punir que pour pouvoir amnistier, que dans son œuvre extérieure où il n'abattait que pour relever et où il ne remporta que des victoires stériles, parce qu'il ne sut jamais les compléter.

Toutes ses œuvres ressemblent à ces avenues qui commencent par des palais et aboutissent à un cul-desac. L'inachevé, l'incomplet dominent son histoire. 11 apparaît comme un monarque absolu, tout-puissant. Et non seulement il n'a pas voulu tout ce qu'il fusait, mais il n'a jamais fait tout ce qu'il voulait, ni dans son ménc^e, ni dans son cabinet, ni sur son trône, ni sur le champ de bataille.

Blessé par les procédés offensants de Nicolas 1", il se jette dans les bras de l'Angleterre et fait la guerre de Crimée. Beaucoup de sang, beaucoup de sacrifices.

Pas de résultat tangible. Un éclat momentané, prépondérance de façade qu'il perdra bientôt en se çant dans l'aventure italienne et en prodiguant, av( la complicité et l'applaudissement des révolution nair< des deux mondes, l'or et le sang français, pour payerui de ses erreurs de jeunesse, le rêve d'une Italie unîfir

Sa théorie des nationalités, justification de la pagne d'Italie, a fait coup double et a reconstitué 1' lemagne, non plus sous le sceptre des Habsbourg vaiif eus, mais sous l'épée des Hohenïollern vainqueurs. Et de la campagne d'Italie est sortie l'Europe moderne dont le poids nous écrase. Mais, dans cette campagne, éclate encore ce caractère d'indécision et d'inachèvement qui devait stériliser et pervertir les entreprises impériales. L'attitude de l'Europe arrête l'Empereur, au lendemain de Solférino, et ce grand effort teni pour le bonheur de l'Italie la laisse mécontente, pi à s'allier à nos rivaux, excusable jusqu'à un certi point dans son ingratitude, puisque cette alliance allaï^ lui permettre de compléter, sans nous, l'unité que nous lui avions promise imprudemment.

L'Empereur, chef d'une nation où les catholiques dominent, était forcé, pour ne point les mécontenter, de maintenir le pouvoir temporel du Pape. Il laisse dépecer le domaine de Saint-Pierre, et, pour en conserver les derniers lambeaux, il faut que nos chassepots dispersent les bandes italiennes qui avaient combattu 4 nos côtés. De sorte qu'il s'aliène à la fois les Italiens, en leur refusant Rome capitale, les catholiques, en laissant partiellement dépouiller le Pape, et les autres, en ne le laissant pas totalement dépouiller.

11 cherche des diversions dans des expéditions loi laines. L'expédition de Chine est heureuse et b" conduite, mais elle reste sans effet sur l'opinion, qui voit qu'une guerre de rapine et de pillage, et refuse de s'associer au Souverain, pour en récompens

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