UN RÈGNE
le chef. Il se lance dans l'aventure mexicaine. Comme il avait été arrêté en Italie par l'hostilité de l'Allemagne confédérée, il est arrêté au Mexique par l'hostilité des États-Unis. Il faut laisser l'œuvre inachevée. Les sousc^pteurs des emprunts mexicains lui reprochent leur épargne engloutie. La conscience publique lui reproche un sang inutilement versé, et l'honneur françMS saigne sous les balles du peloton d'exécution de Queretaro, assassinant le souverain que nous avons amené, couronné et abandonné.
En 1866, un peu de hardiesse pouvait faire oublier toutes ces fautes. Napoléon pouvait prendre parti pour l'Autriche ou pour la Prusse, et. dans l'un et l'autre cas, il pouvait conquérir pour la France un accroissement territorial qui eût restauré son prestige et augmenté ses forces. 11 n'osa pas vouloir, et la nouvelle Allemagne naquit.
Cette Allemagne, tôt ou tard il fallait se mesurer avec elle, et pour se mesurer avec elle, il fallait s'égaler à elle en puissance militaire. Là encore, ce prétendu despote fut faible et se contenta de demi-mesures. Et non seulement il ne sut pas imposer à son pays les sacrifices indispensables, mais, dans le chimérique espoir de retrouver en puissance morale ce qu'il perdait en force matérielle, au lieu de relever l'armée, il releva la tribune; au lieu de fortifier la discipline, il fortifia l'opposition.
Puis, vieilli, malade, il se laissa emporter par le flot des événements. On lui imposa une guerre qu'il ne voulait pas. On lui imposa un commandement qu'il Était incapable d'exercer. On lui imposa un généralissime dont il se défiait. Et enfin, fantôme sans couronne et presque sans vie, abandonné par des alliances illusoires qui attendaient, pour se déclarer, précisément la victoire impossible sans elles, renvoyé du sein de sa vieille armée par Bazaine, renvoyé de sa capitale par
sa propre (emme et par ses ministres, il alla, à la suite d'une armée à peine formée, s'engooffrer à Sedan, et rendre son épée au fils du monarque prussien dont Napoléon 1" avait conquis le royaume en six semaines.
Retombé sur la terre d'exil d'où, \Ti^-trois ans auparavant, il partit pour conquérir la couronne impériale, Napoléon III n'avait pas encore abandonné la partie. Il préparait un retour de l'île d'Elbe, et l'opératioQ chirurgicale qui l'emporta avait pour but de le remettre en état de se présenter à cheval à son peuple. Si elle avait réussi, il tentait un débarquement, et quelques serviteurs audacieux avaient ima^né, je l'ai su plus tard, un plan qui tenait à !a fois du drame et de Topéracomique, puisqu'il consistait àarrèter le train parlementaire, circulant entre Paris et Versailles, dans le tunnel de Saint-Cloud, qu'on eût transformé en une souricière pour la représentation nationale.
La politique intérieure de Napoléon 111 a donné à ce pays-ci quelques années de grande prospérité économique et lui a permis, en somme, d'épargner de qo^ payer les erreurs d'une politique étrangère de pure bat lucination.
Personnellement, l'Empereur était fondirenienl doux, bienveillant, indulgent, généreux, épris de j«»tice, d'un commerce très sûr, d'une fidélité à toute épreuve envers ses amis, d'une reconnaissance indéfectible envers ceux qui, avec lui, avaient cru à son étoile et dont il lit la fortune en même temps que la sienne. II n'oublia jamais un verre d'eau donné aux mauvais jours, et il sut récompenser les dévouements même les plus obscurs. Il avait hérité cette qualité de Napoléon I", et elle les distingua, tous deux, deces descendants des dynasties séculaires qui ne comprennent pas la reconnaissance, parce qu'ils ont été élevés dans la croyance que tout leur est dû. Mais cette indulgence extrême, cette compréhension de toutes les faiblesses