TRÈS MAL INFORMÉ
très fin politique, qui connaît merveilleusement les affaires de l'Europe.
Le Roi. — Oui. Mais vous voyez que son gouvernement aboutît au triomphe des républicains les plus foncés.
Moi. — La France, Sire, est comme ces malades qui se tournent et se retournent sur leur lit, pour trouver une meilleure position. Mais je vous assure qu'elle est en bonne voie de guérison, et qu'il faut avoir confiance dans le gouvernement qu'elle s'est donné.
Accrédité par M. Thiers, je ne pouvais décemment tenir un autre langage, et, d'ailleurs, je croyais sincèrement ce que je disais. Les solitudes du sud de l'Algérie où j'avais, pour ainsi dire, passé toute ma carrière, m'avaient laissé, en matière politique, ma robe baptismale, dont j'étais jusqu'à un certain point fier, et je n'avais pas la première idée des ingrédients nauséabonds dont se compose l'infâme cuisine parlementaire. L'entretien que j'avais avec le Roi constituait une entrevue familière, en dehors de mon audience de congé, que j'avais déjà obtenue, et dans laquelle Oscar II zn'avait remis une lettre autographe que je devais Temettre au chef du gouvernement français. Après avoir roulé sur la politique, cette entrevue devint tout À fait intime. La veille, au bal du ministre de Norvège, le prince de Metternich avait parlé, devant le Roi, d'un "voyage qu'il se proposait de faire en Norvège, et l'idée d'un voyage semblable avait séduit ma femme. Le Roi, qui le savait, me recommanda cette excursion :
— Allez donc à Christiania ! me dit-il. Vous verrez un paya sauvage et curieux. Je vais vous y faire annoncer. Vous y serez bien reçu.
Rien ne me pressait, que le désir de reprendre mes chères occupations militaires, qui pouvaient m'attendre quelques jours. Je cédai aux gracieuses instances du Roi et à celles de ma femme, et, le lendemain matin.
nous partions pour Christiania, comblés partout d'égards et de prévenaoces , et impressionnés par la tristesse grandiose du pays que nous traversions.
Les trains, beaucoup plus confortables que les nâtres, circulent à travers des vallées étroites et profondes où l'horizon, avec quelques échappées sur des glaces éternelles, est ordinairement borné par de hautes montagnes, couvertes des noirs sapins qui sont, avec les troupeaux et les produits de la pèche , les principales ressources du pays. Les habitants exploitent très économiquement les forêts, en faisant rouler jusqu'au bas des montagnes les arbres dépouillés de leurs branches, qui, de cours d'eau en cours d'eau, arrivent jusqu'aux ports avec la marque distinctive de leurs propriétaires. De loin en loin, nous côtoyions des lacs qui faisaient l'effet de petites mers intérieures, et sur lesquels passaient les voiles blanches des barques. La population est clairsemée, les stations peu nombreuses, marquées par des groupes de cabanes en bois. Nous franchîmes en trente heures la distance qui sépare Stockholm et Christiania, où nous arrivâmes par un jour sombre et pluvieux, et où nous fûmes reçus i bras ouverts par le plus aimable des consuls français, M. Hepp. 11 était le frère d'un des officiers d'ordonnance de l'Empereur, que le Souverain choisit dans des circonstances assez bizarres pour être dites, en passant.
Dans son commandement du corps d'armée de Tours, le maréchal Baraguey d'Hilliers avait pour chef d'étatmajor le général de Margadel, dont il se louait beaucoup et pour lequel il demandait, avec instance, le grade de divisionnaire. Mais le général de Margadel était mal noté au ministère parce que, au coup d'État de 1851, il avait eu le courage de son opinion et n'avait pas caché le peu d'enthousiasme que lui causait ce coup de force ; tant et si bien que, les bureaux s'en mêlant, le général atteignit la limite d'^e sans avoir décroché Ik