NOUVELLES IMPRÉVUES
troisième étoile. Le Maréchal alla se plaindre à l'Empereur, qui fut le premier surpris, car Napoléon III mettait précisément de la coquetterie à ne jamais tenir compte aux officiers de leurs opinions pour leur avancement. Et, afin de bien montrer au Maréchal que ce retard déplorable n'atteignait en rien son prestige et son influence. Napoléon II! prit pour officier d'ordonnance son premier aide de camp, qui se trouvait être le capitaine Hepp.
Une journée suffit amplement pour visiter Christiania, qui n'a rien d'intéressant, et même ses environs, qui sont très remarquables. D'ailleurs. les journées sont interminables, à cette époque et sous cette latitude, et nous eûmes encore le temps de voir le port encombré de bâtiments de commerce et de bateaux de grande pêche. Le lendemain, nous reprenions le chemin du retour, en filant tout d'une traite jusqu'à Malmoë,où nous nous embarquâmes pour Copenh^ue. Le temps s'était amélioré. Nous descendions vers le sud. La mer était belle, et le capitaine du bateau m'expliqua sur place la manœuvre hardie de Nelson venant, en avril 1801, en dépit des ordres de son chef, l'amiral Parker, se placer, avec ses vaisseaux, entre la ville et la flotte danoise, et obliger cette flotte à amener ses pavillons.
De Copenhague, par la route suivie à l'aller, nous atteignîmes, le 24 mai au matin, Hambourg, où ma femme , fatiguée , désirait se reposer. En arrivant à l'hôtel, je trouvai sur le pas de la porte le général Menabrea qui partait pour l'Italie, et nous échangeâmes à la hâte ces quelques mots :
— Avcz-vous des nouvelles de France? me dit le général.
— Aucune.
— On m'écrit de Londres que les affaires de M. Thiers se g&tent.
— C'est encore un orage qui passera sans éclater comme tant d'autres. M, Thiers est indispensable à la majorité de l'Assemblée,
— Justement! On m'affirme qu'un gros parti l'Assemblée se forme contre lui.
— Bah! il trouvera bien le moyen de s'en tirer,
— Je le lui souhaite, me dit le général, en prei congé.
Nous partEmes de Hambourg par le train du pour arriver à Namur, le lendemain matin, 25 mai. Quoique ne croyant pas encore à une crise, j'étais pressé d'avoir des nouvelles,
— TAchez de vous procurer un journal de Frani dis-je au commandant de Jessé.
Un des voyageurs du train qui arrivait de Paris, entendant ces mots, m'aborda et me dit :
— Vous êtes Français, monsieur?
— Oui, monsieur.
— Eh bien, il y a une révolution à Paris. M. Thiers est renversé. Et c'est le maréchal de Mac Mahon qui a pris le pouvoir à sa place-
Je remerciai le voyageur, quineputpasm'endireplus long, parce que'son train partait, et je remontai dans mon wagon, un peu déconfit à l'idée que S. M. Oscar II, roi de Suède et de Norvège, avait désormais le droit de suspecter ma perspicacité politique.
J'arrivai à Paris dans la soirée du 25, assez embarrassé de ma personne, car enfin j'étais chaîné de remettre une lettre royale à M. Thiers, et je ne savais pas si, maintenant, c'était auprès de lui ou auprès de son successeur que je devais déposer mon noble fardeau. Je résolus d'aller m'éclairer à Versailles, et le 26, aprèsmon déjeuner, m'élant mis en uniforme, pour bien. marquer que je remplissais une fonction officielle, je partis pour Versailles. A Meudon, je vis entrer dans mon compartiment le général Gresley, qui commandait
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