‹ Mes souvenirs (volume 5)Chapitre 148 sur 285 · L'ÉQUILIBRE PARLEMENTAIRE · texte numérisé non relu

L'ÉQUILIBRE PARLEMENTAIRE

au détriment de la droite, et peu à peu Téquilibre s'établissait entre les deux portions de l'Assemblée, de sorte que le groupe Target, devenu lappoint d'une majorité, pouvait faire, à son gré, pencher la balance à droite ou à gauche.

Donc, les monarchistes voyaient, à côté d'eux, grandir les contingents républicains, et pouvaient presque calculer le moment où ils cesseraient d'être la majorité. D'autre part, la rançon de la France se payait régulièrement. Le flot des envahisseurs reculait régulièrement, à chaque échéance. Les impôts rentraient facilement. Les blessures nationales tendaient à se cicatriser et à se fermer. Paris était tranquille. La France était soumise. L'armée renaissait. Les monarchistes pensaient que c'était le moment de rompre le pacte de Bordeaux et d'aller chercher le Roi. M. Thiers, lui aussi, rêvait la rupture du pacte de Bordeaux, mais dans un tout autre esprit et pour un tout autre motif. Soutenu par la gauche entière, grandi par la répression de la Commune, fortifié par les résultats matériels de son gouvernement et parle renfort des élections partielles, M. Thiers voulait constituer la République à son profit, pour en être le Président. Il se croyait sûr de l'obéissance finale d'une majorité qu'il avait plusieurs fois domptée par l'offre de sa démission. Il était donc prêt à s'incliner devant le pouvoir constituant de l'Assemblée, si elle voulait l'employer pour la République, mais bien décidé à lui contester ce pouvoir, si elle voulait l'employer pour la monarchie. Dans la fameuse séance du 12 novembre 1872, il avait enfin levé le masque et mis l'Assemblée en demeure, par un message, de constituer et de proclamer la République. Ce fut la cause originelle du 24 Mai, et, dès ce jour-là, le? droites, s'apercevant qu'elles étaient jouées, résolurent la chute de M. Thiers.

Un peu parce que je l'ignçrais, beaucoup parce que,

la sachant, je n'aurais pas voulu la dire, j'av^s cacM cette situation à Oscar II, dans l'entrevue qui termîiu mon ambassade extraordinaire. Aussi fus-je tout à t; surpris, comme je l'ai dit, par le 24 Mai.

Les monarchistes, voulant forcer M. Thiers à se retirer et ne pouvant pas immédiatement déclarer qu'ils le renvoyaient pour proclamer la monarchie, durent se préoccuper de lui choisir un successeur. Trois personnages étaient en mesure de prendre le pouvoir et offraient l'étoffe nécessaire à un chef d'Etat : le duc d'Aumale, le général Changarnier et le maréchal de Mac Mahon.

Celui des trois qui incontestablement eût fait , meilleure figure sur le fauteuil présidentiel, destiné 3 se transformer en trône, était le duc d'Aumale. Mais, s'il eût eu la décision, le caractère voulu, pour tenter l'aventure, il eût été gêné par ses attaches de famille. H se tenait à l'écart des démarches tentées pour unir les deux branches, Bourbon et Orléans. Dans un récent discours, il avait traité le drapeau tricolore de 0 drapeau chéri », et décemment, il ne pouvait oublier qu'il l'avait glorieusement porté en Afrique. Il ne pous vait donc pas rallier l'extrême droite, les chevau-légerfl effarouchés, el, sans eux, on ne pouvait rien faire, fallut donc écarter la candidature du duc d'Aumale,

Le général Changarnier était bien l'homme du cou^ de force, sans lequel on ne pouvait guère changer l situation. Il était très lié avec la droite, très peu intéressé à la question du drapeau, animé des ambitions les plus hautes et les plus ardentes, hardi, téméraire, comme à trente ans , courageux , comme toujours. 1 Investi du pouvoir, il n'eût certainement reculé devaod rien, poussant les choses jusqu'à leurs dernières limites,^ violant toutes les conventions légales, avec une parfaite sérénité d'âme, et imposant ses volontés jusqu'à ce que le fantassin eût brûlé sa dernière cartouche et le canon-

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