‹ Mes souvenirs (volume 5)Chapitre 149 sur 285 · TROIS PRÉSIDENTS · texte numérisé non relu

TROIS PRÉSIDENTS

aier sa dernière gargousse. Il eût traité les récalcitrants comme des Bédouins. Mais on se demandait si, une fois accroché au pouvoir, il s'en démettrait facilement, et s'il ne retarderait pas indéfiniment le retour du comte de Chambord. Pour tout dire, en un mot, il faisait peur à la droite, qui n'était ni de taille à supporter un Saint-Arnaud, ni surtout de taille à.le dominer. En outre, il était séparé de Tarmée depuis plus de vingt ans. Il fallut écarter la candidature du général Changamier.

Restait donc le maréchal de Mac Mahon, en faveur duquel le comte de Chambord, dont le choix était décisif, s'était prononcé formellement. Quiconque connaissait le Maréchal savait d'avance qu'en son impeccable loyauté, un pareil homme ne sortirait jamais de la légalité, ne tenterait jamais un coup d'État. Mais quiconque connaissait le Maréchal savait aussi d'avance qu'un pareil homme, en son impeccable loyauté, n'essayerait pas de barrer, une seule minute, soit par la force, soit par l'intrigue, soit même par l'inertie, la route du trône à un Prince appelé légalement par l'Assemblée. En le préférant, les monarchistes s'interdisaient à eux-mêmes de sortir de la légalité. Et, sincèrement, ils n'en voulaient pas sortir.

Dans cette aventure politique, qui a commencé à la fin de la guerre, pour se terminer par l'organisation du Septennat et celle de la République, les monarchistes ont été naïfs. Ils ont été maladroits. Mais, je ne crains pas de le proclamer, ils se sont comportés en très honnêtes gens qu'ils sont. Et il est piquant de constater que l'exemple du respect de la légalité a été donné par ceux-là mêmes qui se réclament de droits historiques, antérieurs et supérieurs à la légalité moderne.

Le premier acte de la majorité de l'Assemblée, décidée à en finir avec M. Thiers, fut de remplacer III. 24

comme président de cette As&emblée M, Grévy par M. BufFet, et de faire passer, par conséquent, la présidence de gauche à droite. C'était prudent, car la majorité n'était pas assez considérable pour pouvoir se passer de la force présidentielle qui, dans certaines circonstances parlementaires, peut tout entrataer ou tout arrêter.

Enfin, M, TTiiers avant modifié son cabinet, pour y faire entrer MM. Casimir- Perier, Léon Say, Duiaure, Bérenger, de Rémusat , Waddington, de Fourtoa, Tebscrcnc de Bort, général de Cissey et amiral Po- Uiuau, la bataille décisive s'engagea par une interpelUtion sur ce remaniement ministériel. Elle fut conduite, du côté des républicains, par M. Thiers en personne, et, du côté des monarchistes, par M. le duc de Broglie, qui avait sacrifié son ambassade de Londres. Elle dura toute la journée du 34 mai, pendant laquelle l'Assemblée tint trois séances. M. Thiers défendit ses positions pied à pied, et, quand il les vit perdues, il lança à ses adversaires une imprécation suprême, en leur prédisant qu'ils seraient les protégés de l'Em^MTe. L'avenir, ce me semble, devait se charger de prouver que, là encore, il avait vu faux. Les voix se comptèrent sur un ordre du jour déposé par M. Ernoul.dans lequel il était dit : que la forme du Gouvernement n'était pas en cause ; mais que l'Assemblée, voulant rassurer le pays, CD faisant prévaloir une politique résolument conservatrice, regrettait que les récentes mutations ministérielles n'eussent pas donné au parti conservateur tes satisfactions nécessaires. On alla aux urnes. Le groupe Target fit masse avec les monarchistes, et, grâce à lui, l'ordre du jour Emoul fut voté par 360 vois, contre 344. M. Thieni perdait le pouvoir, et M. Targeticonquéraitle poste d'ambassadeur en Hollande, 1 pense de son intervention décisive.

A onze heures du soir, la gauche s'abstenant t

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