M. MAGNE
rôle qu'il jouait qu*à son illustre passé. Je n'ai pas besoin de marquer la place que tenaient dans nos préoccupations les questions de finance, alors qu'il nous fadlait faire face, à la fois, au payement des dernières portions de rindemnité de guerre, aux dépenses énormes qu'avaient entraînées nos désastres, aux frais colossaux de notre reconstitution militaire, et au danger qui pouvait résulter pour le crédit public de Témigration forcée de nos capitaux. Fils d*un simple expéditionnaire de la préfecture de la Dordogne, ayant débuté lui-même, comme expéditionnaire, dans les bureaux de cette préfecture, pour arriver, à la force du poignet, au ministère des Finances, sous TEmpire, M. Magne passait, à juste titre, pour le plus habile financier de cette époque. 11 ne cachait pas les sympathies qu^il avait conservées au régime déchu, et sa présence au ministère était la part faite au petit groupe de TAppel au peuple, qui avait figuré dans la majorité du 24 Mai. Il appartenait à la grande école des administrateurs impériaux dont la devise était non pas seulement : a Faisons de la bonne politique pour avoir de bonnes finances » , mais encore : c Faisons de bonnes finances pour avoir de la bonne politique. » Avec lui, le budget des recettes servait d'étalon au budget des dépenses, et il n'admettait jamais ces familiarités trop fréquentes que l'on prend avec la fortune publique, en couvrant, par le vote de crédits supplémentaires, les dépenses qui dépassent les crédits primitivement et régulièrement accordés. Expédients désastreux, qui aboutissent toujours à un déficit et à une augmentation de notre énorme dette. Il tenait les cordons de la bourse, et il les tenait très serrés. Malheureusement, sa santé, déjà ébranlée, ne pouvait plus lui promettre un bien long avenir. Il manquait assez souvent aux réunions du G)nseil, et quand il y venait, il parlait fort peu.
Enfin, le ministère de la Marine et des Colonies
avait pour titulaire le vice-amiral de Dompierre-d'Hornoy, député de la Somme, arrière-petit-neveu de Voltaire, membre de la droite, royaliste très convaincu et très déterminé, quoiqu'il eût longtemps commandé, comme capitaine de vaisseau, le yacht impérial F Aigle. C'était un bon marin, aussi ferme dans ses bureaux qu'à son bord, et, en outre, un homme conciliant et bienveillant, dont la belle physionomie reflétait le^attraits et la loyauté de son caractère.
C'est donc au milieu de ces personnages, tous plus— ou moins absorbés par la politique, et dont quelques — uns me devinrent rapidement sympathiques, que j'all^^ évoluer très modestement. Je dis très modestement^ parce que j'avais conscience de mon infériorité vis-à-vi^ d'eux, infériorité qui résultait surtout de ceci, que j^ ne représentais qu'un soldat. Je n'étais pas député, J^ ne pouvais pas les menacer de mon groupe, et réelle — ment, en politique, je n'avais aucune signification. Les comte de Chambord ne m'inspirait que du respect. Le^ princes d'Orléans ne me rappelaient que de très vive^ sympathies de jeunesse, et il me restait un fonds dr^ tendresse et d'attachement pour la famille impériale. J'aimais trop de gens pour ftre dangereux. On a accola mon nom à celui de M. Magne, pour nous représenter" tous les deux comme appartenant au groupe de l'App* au peuple, c'est-à-dire aux débris de l'Empire I droyé. On a eu tort. Et, tout à l'heure, le lect verra que j'ai su mériter, à la fois, les anathèmes d impérialistes , à propos de la situation militaire < prince Napoléon, les anathèmes des monarchistes, propos du drapeau blanc, et les anathèmes des i publicains, à propos des enterrements civils, le métier d'un homme politique, même lorsqu'il n'cî que surnuméraire, n'est pas rose! S'il appartient à lUbfl parti, c'est-à-dire s'il a les préventions et les préjugâèl inséparables de tout parti, il ne blesse que des