‹ Mes souvenirs (volume 5)Chapitre 161 sur 285 · ENTERREMENTS CIVILS · texte numérisé non relu

ENTERREMENTS CIVILS

commanderez halte, vous rassemblerez votre peloton et irous lui ferez faire demi-tour, pour rentrer au quartier. En un mot, vous ne vous associerez pas à un enterre- Bent civil. Vous devez protéger vos hommes contre les doctrines susceptibles d'énerver leur courage à la juerre.

' La petite manœuvre que j'avais commandée tut exétntée à la lettre, et la gauche en conçut une grande irritation, encore doublée par les nouvelles qui lui parve- ^eot en même temps de Lyon. Là, se trouvait le préfet Ducros, le même qui avait déployé à Saint- Etienne une si heureuse énergie. Pour le tâter, et pour taire niche au gouvernement, les républicains lyonnais feraient trouvé spirituel d'organiser à grand orchestre Ses enterrements civils; mais ils avaient perfectionné le système, et, comme le cadavre adulte ne donnait ns suffisamment, ils rassemblaient des foules derrière » cercueil d'enfants de deux mois. Ce que voyant, le Iréfet Ducros, chargé de la police des rues, prit un IBTêté obligeant les libres penseurs à enterrer leurs inorts dans les premières heures de la matinée. On pDnçoit la fureur de la gauche en face de cet arrêté, Ipprouvé par le Cabinet. Elle demanda à interpeller Bir les menées cléricales, et l'interpellation fut fixée BU mardi 24 juin, M. Le Royer, qui, depuis, a été Vésident du Sénat, fut chargé de la soutenir. Nous ODVÎnmes dans le Conseil que, la première partie de ^terpellation portant sur l'altitude de l'armée à l'enlerrement civil de Versailles, je demanderais immédiaiement la parole pour répondre. J'allais donc entrer en Btte, pour mon coup d'essai, contre un avocat, habitué tde pareils débats.

En effet, dès le début de son discours, M. Le Royer be prit à partie, mais assez modérément. Je demandai Bparole. Puis le débat s'élargit, l'affaire dans laquelle fÂlMB mêlé directement n'apparut bientôt plus que

comme un incident sans grande importance, et le porte-parole de la gauche concentra toute son artillerie oratoire sur rarrêté du préfet Ducros, et contre le ministre de Tlntérieur qui l'avait approuvé. Dès que l'orateur fut descendu de la tribune , le président de l'Assemblée prononça la formule sacramentelle : c La parole est à M. le ministre de la Guerre. » Elle me fit l'efFet du mot que j'avais si souvent entendu crier et que, si souvent, j'avais crié moi-même : « Chargez! • Et je partis pour escalader la tribune.

Mais le duc de Broglie ne l'entendait pas ainsi. Il était maintenant impatient de voir M. Beulé, un mattre de la parole, répondre victorieusement, et il l'avait lancé en même temps que moi. De sorte que, lui par la gauche, moi par la droite, nous abordâmes ensemble cette tribune, que je considérais déjà comme un chevalet de torture, et le président ne sut plus auquel des deux ministres il devait donner la parole. Je n'y tenais pas, oh 1 mais, pas du tout ! Et je battais déjà en retraite lorsque la gauche, voulant augmenter mon embarras et comptant avoir raison facilement de moi, se mit à crier pour que mon tour de parole me fût maintenu. Je n'avais pas ouvert la bouche que j'entendais déjà des ricanements d^obligeants. La droite protesta pour les faire cesser, en criant : « C'est indécent !» Et, pendant une ou deux minutes, ce fut un véritable charivari. Le président agitait sa sonnette a tour de bras, sans pouvoir obtenir le silence, et me répétait : « Attendez, monsieur le Ministre, que le calme soit rétabli. » J'attendais, mais je n'avais plus peur. Ma timidité avait disparu. Toute cette exaltation, ces visages animés, ces yeux furieux, ces gestes impuissants m'avaient rendu mon calme, et mon instmct d'homme de guerre me disait de tenir tête à tous ces gens-là. D'ailleurs, je n'en avais pas long à leur dire. Je me bornai à leur déclarer que, a loin de transgresser

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