‹ Mes souvenirs (volume 5)Chapitre 165 sur 285 · ESSAIS DE TIR · texte numérisé non relu

ESSAIS DE TIR

cju'il quitta, pour aller achever sa guérison aux eaux de Bourbonne .

La commission de Calais étudiait un canon que nous a-llâmes, le Maréchal et moi, voir fonctionner. On nous montra un tube, monté sur un chevalet fixe et dont les coups portaient à plus de quatre mille mètres, avec une telle précision que les officiers de la commission et nous-mêmes, nous pouvions nous tenir, sans avoir rien à craindre, à quelques pas de la cible.

Au dtner qui suivit les expériences, le commandant de LahitoUe me dit :

— Eh bien! mon général, j'espère que vous êtes content de ce que vous venez de voir.

— Pas du tout! lui répondis-je. Vous m'avez montré un tube qui lance des projectiles, sans le moindre écart. C'est très bien; mais ce n'est pas ce que je cherche. Je cherche un canon monté sur son affût, avec des roues, un avant-train, des caissons, renfermant des obus, portant juste et loin, qui puisse passer partout, sans se détériorer, ni rien casser, ni se démonter, avec lequel on transporte le plus grand nombre possible de charges aussi puissantes que possible. Votre affaire à vous, officiers d'artillerie, est de chercher a réaliser toutes ces conditions. La mienne à moi, ministre de la Guerre, est de chercher si elles sont réalisées et de tâcher de voir si réellement, en campagne, ce canon est transportable, rustique et capable de rendre les services que vous aurez annoncés.

Bien plus avancé et bien plus pratique était le matériel que, peu de jours après, nous allâmes, le Maréchal et moi, voir expérimenter à Tarbes. C'était celui du colonel de Reffye, l'ancien collaborateur de Napoléon III, qui avait mis à sa disposition les ateliers de Meudon, dont sortirent les fameuses et décevantes mitrailleuses. Le canon Reffye n'était pas encore, cependant, en état d'être mis en service. L'obturateur

parfait, pièce essentielle dans ud canon se chargeant par la culasse, n'était pas encore trouvé.

En somme, partout, je constatais beaucoup de zèle, d'empressement, de bonne volonté, mais une lenteur:désespérante à sortir de la période d'essai. [I me sem-~ bla que le moteur principal de la machine, le directeurde l'artillerie, devait être changé, et je me séparai d-v colonel Vasse Saint-Ouen, pour le remplacer par le colonel baron Berge. Fils d'un général de division d'artilteri^ du premier Empire , esprit très ouvert et en même temps très observateur, ingénieur émérite d'artillerie, ayant beaucoup voyagé, beaucoup vu et beaucoup retenu, très ferme et ne redoutant pas les responsabilités, le colonel Berge me semblait admirablement préparé i imprimer une direction énergique au service de l'artillerie et une initiative rapide dans des questions alors très controversées. La brillante carrière qu'il a parcourue depuis prouve que je ne m'étais pas trompé.

11 ne s'agissait pas seulement de rendre la nouvelle armée redoutable dans l'offensive; il fallait encore rendre la France inattaquable dans la défensive, et fermer la blessure, encore béante, ouverte à son flancpar le traité de Francfort. Donc, la direction du service dn génie avait une importance égale à celle de la direction du service de l'artillerie. Le directeur du génie était le colonel Ansous, qui avait à son actif d'admirables services de guerre. Au siège de Sébastopol, il avait été frôlé par un boulet qui, sans lui faire de blessure apparente, avait amené la paralysie complète et permanente d'un bras. Mieux que personne, il comprenait la nécessité de sortir du provisoire et d'imprimer la plus grande activité à son service. Mieux que personne, il était» courant des questions techniques posées par nos désastres et qui pouvaient se résumer ainsi : Étant donnée la nécessité de couvrir la frontière de l'Est et de développer les défenses de Paris, à quel système de

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