‹ Mes souvenirs (volume 5)Chapitre 172 sur 285 · LE DROIT HÉRÉDITAIRE · texte numérisé non relu

LE DROIT HÉRÉDITAIRE

fentilshommes qui composaient sa société habituelle ne la connaissaient pas non plus , et si même ils 4'avatent connue, ils n'auraient pas osé la dire, hypnoitïsés qu'ils étaient par son prestige et par leur respect, m avait grandi dans cette idée que la Restauration était Iffiorte des sacrifices qu'elle avait consentis, des con- [cessions qu'elle avait faîtes aux hommes et aux prinicipes de la Révolution. Kt il considérait comme des itrembleurs et des illusionnés les rares amis qui lui disaient : a Le droit héréditaire ne suffira pas à vous 'ramener. Il faudra que vous y ajoutiez des garanties sérieuses et précises. » Il voulait donc rentrer intact, ^t il le voulait depuis longtemps.

, Déjà, en 1849, vers la fin de septembre, avant la mort ^u maréchal Bugeaud, à Ems, le marquis de I-a Rochel,jaquelein, le marquis de Pasloret et le duc de Valmy i-vinrent lui exposer la situation politique de la France. — Monseigneur, lui dirent-ils, nous sommes sûrs I des élections prochaines ; la France va élire une Cham- ■ bre qui vous replacera sur le trône de vos pères.

Comment! répondit le Prince, vous voudriez que 5e soumisse mon droit héréditaire, antérieur et supéirîeur, au suffrage d'une Assemblée?

Monseigneur, dans cette noble réponse, nous reconnaissons le sang de votre aïeul Henri IV; mais Vous avons autre chose à vous proposer. Le maréchal fiugeaud, à Lyon, et le général Changarnier, à Paris, sont maîtres absolus des troupes placées sous leurs Kiires. Ecœurés de ce qui se passe, ces deux chefs Mont prêts à vous ramener, à la tête de l'armée. I — Comment ! vous voudriez que moi, le Roi, je rentrasse en France par un pronuncianiiento, et les pieds ins le sang de mes sujets ?

Les trois interlocuteurs du Prince baissèrent la tête :et n'insistèrent plus. Tous trois firent partie de la préfère promotion sénatoriale que signa l'Empereur.

De son côté, le parlementaire, rentrant à Paris, après cette entrevue mémorable, se faisait à lui-même ce raisonnement, dont la candeur désarmerait un tigre; ■ J 'ai dît à Monseigneur que je n'avais pas entendu sa phrase : ■ Jamais je n'accepterai le drapeau tricolore. « Par conséquent, je n'ai pas le droit de répéter cette phrase, je ne dois pas m'en servir, a Et c'est ainsi qu'avecles meilleures intentions du monde, M.Chesnelongi revenu parmi ses coliques, laissa se développer et grandir, au milieu d'eux, le malentendu fatal.

Les monarchistes prirent feu. Ils crurent que toutes les difficultés étaient aplanies, et que la restauratioii était désormais la plus facile de toutes les entreprises. Ils n'admettaient pas que quelqu'un, dans le pays, osât résister à un vote de l'Assemblée. Ils prenaient pour une adhésion l'attitude étonnée du public qui, d'ailleurs, il faut le reconnaître, était presque résigoj. Il y eut une semaine ou deux pendant lesquelles l'opnîon ressemblait assez à une baguette dressée perpendiculairement sur le nez d'un équilibriste, qui la maintient par d'imperceptibles mouvements. La moindre poussée intelligente la faisait tomber du câté du Rai ou du côté de ses adversaires. On pensa à tout, exceptf à donner cette petite secousse nécessaire.

On avait arrêté les termes légaux du rappel de h monarchie : une résolution en trois articles par laquelle l'Assemblée, usant de son pouvoir constituant, déclarait que la monarchie nationale héréditaire et constitnionnelle était le gouvernement de la France, et que Henri-Charles-Dieudonné, chef de la famille royale de France, était appelé au trône.

On avait arrêté l'ordre et la marche des événement! parlementaires, le plan de la bataille. Le 5 novembre, jour de la rentrée de l'Assemblée, un député de U gauche, gagné secrètement, devait monter à ta tribune, déclarer qu'il était temps de sortir du provisoire et

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