L'ORDRE ET LA MARCHE
demander l'organisation définitive de la République. On irait aux voix, et la proposition serait rejetée par une ma]'orité qu'on évaluait à une dizaine de suffrages. Alors, un député de !a droite monterait à son tour à la tribune, argumenterait, lui aussi, contre le provisoire, et ajouterait : 0 Vous venez de repousseria République. Il ne vous reste donc plus qu'à voter le rétablissement de la monarchie, u On irait encore aux voix, et la même majorité se retrouverait, pour acclamer la monarchie.
Tout ceîa semblait si bien machiné qu'on escomptait déjà le triomphe et qu'on en préparait la partie matérielle. On allait ostensiblement, rue Vivienne, se faire montrer le tapis fleurdelisé qui serait étendu dans la voiture royale, le jour de l'entrée du Roi. Et il n'y a pas encore bien longtemps, j'ai vu, chez un sellier de la rue Caumartin, les six harnais timbrés à l'écusson royal, préparés pour Tattelage.
On avait pensé à tout; on avait pensé aux députés et même aux chevaux. Mais on ne s'était pas même donné la peine de prévenir le ministre de la Guerre, l'homme qui, légalement, disposait de l'armée. On s'était contenté d'entendre te général Changarnier se porter fort pour l'armée, sans songer que s'il avait laissé dans cette armée un grand nom et une magnifique réputation, il n'y figurait plus depuis près d'un quart de siècle, et ne pouvait appuyer sur aucune base solide, matérielle, ce qu'il en disait. Et moi, agent indispensable d'exécution, on ne m'avait même pas demandé ce que je pensais de tout cela. Au fond, cet oubli était un hommage involontaire, car il prouvait qu'on ne mettait en doute ni ma loyauté ni mon aveugle dévouement et ma subordination complète au Maréchal. Jamais, au conseil des ministres, il n'avait été soufflé mot de la campagne monarchique, et je n'en savais que ce que disaient les journaux et ce que voulait bien, parfois, me raconter le Maréchal.
Souvent, le matin, avant le con:
je me trouvais seul avec lui. Nous
leil des ministres, arrivions, tous les deux, dans la salle du Conseil, à l'heure mililaire fixée pour la séance. Et, comme mes coliques ne se piquaient pas d'une aussi rigide ponctualité, nous restions en tête à tête. J'en profitais pour lui rendre compte minutieusement de tout ce <^ui se passait dans l'umée. Je le considérais comme le chef suprême de cette armée, et je ne me serais jamais permis de prendre une I mesure importante sans lui demander ses instructions, que j'exécutais fidèlement. Ce procédé me permettait, en outre, de ne jamais prendre la parole au Conseil, où je jouais les personnages muets. Notre petit conseil de guerre était généralement terminé avant l'arrivée des autres ministres, et le Maréchal profitait de ce répit pour me mettre au courant des événements politiques. C'était par lui que je savais la visite du comte de Paris à Frohsdorff, la mission de M. Chesnelongà Salzbourg, et les espérances qu'avaient fait naître cette visite et cette mission. Cela m'avait suffi, d'ailleurs. pour accomplir ce que je regardais comme un devoir étroit. J'avais, dans des conversations particuLères, fait part des éventualités de l'avenir aux principaux chefs militaires appelés fréquemment à Paris, par suite de la réorganisation de l'armée. J'avais étudié avec eux l'esprit des troupes et des chefs de corps. J'étais parfaitement renseigné, et j'avais scrupuleusement renseigné le Maréchal. Enfin, je leur avais donné des instructions très nettes, pour le cas oij ils seraient obligés d'intervenir. Et ces instructions auraient pu se résumer ainsi :
a En cas de troubles, défense absolue d'éparpiller les troupes. Ordre formel de les concentrer dans ta main des généraux. Ne pas vouloir être présent partout. Négliger les points secondaires, afin de pouvoir écra.ser immédiatement les centres d'insurrectûia i
ntres d insurrectûia n^^