‹ Mes souvenirs (volume 5)Chapitre 177 sur 285 · UN GÉNÉRAL POLITIQUE · texte numérisé non relu

UN GÉNÉRAL POLITIQUE

situation qu'il vint me trouver, lorsque je pris 'possession du ministère. Sans autre fortune que les l^pointements de son grade, il fit un appel chaleullëux à nos souvenirs communs d'autrefois, pour me demander un commandement. Ce n'était pas facile, car ïl avait trop ostensiblement pris couleur en politique. ilfais, pourtant, j'obtins du Maréchal, qui reconnaissait len lui de sérieuses qualités militaires, l'autorisation de Je rappeler à l'activité, à condition de le placer assez loin de Paris, pour le soustraire aux excitations de la polimque. Je lui donnai le commandement de la subdivision ne Périgueux. Et il vint remercier le Maréchal, k une wdes réceptions de la Présidence. J'avais repris avec lui Ue vieux ton de camaraderie. Mais il me parut aigri; il tin'exposa des théories politiques hasardeuses, auxquelles uje répondis par ces mots : • Mon cher Bellemare, ne l'îouez jamais ce jeu-là avec moi; vous n'auriez pas lieu Me vous en féliciter. >

II était à peine arrivé à Périgueux. que nous ap- [prîmes qu'on organisait un grand banquet, à propos de [la statue élevée à la mémoire du général Daumesnil; nqu'un député de la gauche avancée devait y prononcer Um discours antigouvernemental, et que le commandant Me la subdivision, invité comme les autres autorités, ^devait y prendre la parole. Le duc de Broglie me pria ià'inviter le général à se taire, et, pour qu'il n'y eût pas n'erreur possible, je le mandai par télégraphe à Verfailles, et là, en présence même du duc de Broglie, je loi donnai des instructions verbales auxquelles il pro- 'mit de se conformer et auxquelles il se conforma.

La mesure de rigueur que je pris contre le général (de Bellemare lui fut, d'ailleurs, plus utile que nuisible. •Le général de Cissey, qui devait me remplacer au Iministère, le releva de la non-activité, et. quand M . Gam- Ibetta devint tout-puissant, le général de Bellemare dut 'A sa qualité de victime du gouvernement de l'ordre

moral, encore plus qu'à ses talents, que je ne conteste pas, de gravir rapidement les derniers sommets de la hiérarchie.

Cependant, le procès-verbal de la réunion du centre droit avait fait son chemin. Tout le monde était convaincu que le comte de Chambord acceptait le drapeau tricolore, ou que, tout au moins, une transaction s'établirait entre les deux drapeaux, après son retour; et le débat sur l'emblème constituait si bien en réalité un débat sur le fond, sur les principes, que l'acceptation du drapeau national paraissait suffisante, comme garantie contre le retour de l'ancien régime, et que, positivement, la résignation des ennemis de la monarchie commençait à répondre à l'enthousiasme de ses partisans.

Le temps a été un facteur de défaite ou de victoire dans la plupart des grandes batailles. Le temps décida de l'effondrement de la campagne monarchique. Si, le lendemain du jour où M. Chesnelong, revenu de Salibourg, rendit compte de sa mission, on avait pu réunir l'Assemblée nationale, la majorité faisait la monarchie. Il fallut attendre jusqu'au 5 novembre, et ce retard perdit tout; car le 30 octobre, paraissait dans l'Union, l'organe officiel du comte de Chambord, une lettre historique, par laquelle le Prince affirmait sa volonté de ne rentrer qu'avec le drapeau blanc, de ne rien rétracter, de ne rien retrancher de ses précédentes déclarations, et disait : « Les prétentions de la veille me donnent la mesure des exigences du lendemain, et je ne puis consentir à inaugurer un règne réparateur et fort par un acte de faiblesse. »

Cette lettre, dont le Prince exigea l'insertion, en dépit de ses amis qui le supphaient de laisser aller les choses, ranima toutes les espérances des républicains et plongea les monarchistes dans le désespoir. Ce fut une déroute, une démorali.sation générales, et, malgré sa ténacité, le général Changarnier, reconnaissant

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