‹ Mes souvenirs (volume 5)Chapitre 180 sur 285 · UN AN DE MINISTÈRE. — LE PROCÈS BAZAINE · texte numérisé non relu

UN AN DE MINISTÈRE. — LE PROCÈS BAZAINE

Nouveau cabinet, — Procès nécessaire. — Condamnation cecta — Le Conseil de guerre. — A Trianon, — Condamné à mortl Commutation. — Évasion, — Fonds secrets. — Réformes n taires. — L'ancienne organisation. — Les corps d'armée. Décrets enlevés.

Laloidu2o Novembre, votée par 318 voixcontre3io, changeait la nature des pouvoirs du Maréchal, Le chef du pouvoir exécutif n'était plus un simple délégué de l'Assemblée souveraine, portant le titre officiel de président du Conseil des ministres et pouvant, en cette qualité, être renversé par un déplacement de la majorité. Il devenait, pour sept années, !e Président de la République, le premier magistrat du pays, et prenait le pas sur le président de l'Assemblée, investi jusqu'alors de la primauté. Cette modification entraînait la démission du cabinet, qui fut reconstitué immédiatement, avec quelques modifications.

M. le duc de Broglie resta président du Conseil, mais il prit le portefeuille de l'Intérieur, en remplacement de M. Beulé, dont la démission fut acceptée, à son très grand chagrin et malgré son rare talent d'orateur, parce qu'il était l'objet de l'hostîhté toute particulière de la gauche, parce qu'il avait eu, à la tribune,

quelques phrases malheureuses trop perfidement eiploitées. Le duc de Broglie fut remplacé aux Affaires étrangères par M. le duc Decazes, pour lequel le Maréchal n'éprouvait aucune inclination, mais auquel il s'attacha très vite. Le duc Decazes, diplomate de carrière, très bien posé, très habile, sut bientôt prendre une grande autorité, à force de souplesse et d'entregent. Il devait, en 1875, rendre à son pays le service signalé de lui éviter une guerre avec l'Allemagne, grâce à l'intervention de l'empereur de Russie, et, pendant quatre ans, devenu le ministre nécessaire, il résista à toutes les crises ministérielles.

MM. Ernoul et de la Bouillerie portaient, plus que les autres ministres, le poids de l'échec de la tentative de restauration. Les chevau-légers, dont ils faisaient partie, étaient remplis de mauvaise humeur et se préparaient à faire de l'opposition. Le premier céda les Sceaux à M. Depeyre, jurisconsulte toulousain, et le second céda l'Agriculture et le Commerce à notre collègue Deseilligny, remplacé lui-même aux Travaux publics par un membre de la droite, M. de Larcy.

Enfin, M. de Fourtou, qui passait pour un homme d'énergie et de talent, qui avait fait partie du dernier ministère de M. Thiers et qui, Tannée suivante et plus tard, au 16 Mai, devait devenir ministre de l'Intérieur, remplaça à l'Instruction publique M. Batbie, sceptique doux, aimable et colossal.

M. Magne, le vice-amiral de Dompierre d'Hornoy et moi, nous conservâmes nos portefeuilles.

Deux sous -secrétaires d'État furent adjoints au Conseil : MM. Numa Baragnon pour l'Intérieur et Léon Lefébure pour les Finances. Il était difficile de trouver deux hommes plus dissemblables. M. Baragnon, doué d'une éloquence méridionale, s'était fait une belle place à l'Assemblée, où la gauche redoutait ses ripostes vigoureuses et mordantes. Court, trapu, ramassé, il

Page 1