LE CONSEIL DE GUERRE
auprès de moi son titre de député, pour se dispenser d'une pareille corvée. Je lui prouvai que je n'avais pas excédé mon droit, et que j'avais été contraint par la nécessité de le désigner.
— Eh bien, puisqu'il en est ainsi, me dit-tl, vous pouvez être certain que je voterai l'acquittement.
— Ceci, lui répondis-je, est affaire entre votre conscience et vous; je m'en lave les mains, et je n'ai aucune pression à exercer sur vous.
Je ferai remarquer tout de suite qu'en dépit de cette petite conversation, le maréchal Bazaine fut condamné à l'unanimité.
Le conseil de guerre fut ainsi composé ; 1 Généraux ayant commandé ett chef : duc d'Aumale ;
de La Motterouge ; de Chabaud-Latour; Tripier.
Généraux ayant commandé une division : de Martimprey ; Princeteau ; Martineau.
Commissaire du gouvernement : le général Pourcet, ancien aide de camp du général Changamier.
Rapporteur .- le général de brigade Séréde Rivière, qui avait commandé, en Italie, le génie de la division Bazaine.
Le choix du président de ce conseil ne fut pas moins . laborieux. Tous les maréchaux de France, qui auraient eu l'autorité morale nécessaire à une si haute mission, ' devaient être récusés, parce que tous, pendant la dernière guerre, ils avaient servi sous les ordres de Bazaine, moins un, le maréchal Baraguey d'Hilliers, qui ne pouvait pas siéger non plus, parce qu'il avait présidé le conseil d'enquête. Il fallait donc donner la prési- , dence à un général de division. Or, quel était, dans l'armée, le général investi d'une autorité personnelle I assez haute et assez universellement reconnue pour diriger, sans haîne et sans crainte, de pareils débats où était impliqué un maréchal de France? Il n'y en avait qu'un seul : le duc d'Aumale.
On se souvient que les princes d'Orléans étaient venus, pendant la guerre, offrir leurs services au gouvernement de Tours, et que ce gouvernement, plus préoccupé de la République que de la France, les avait repoussés et avait même fait arrêter ceux qui, comme le prince de Joinville, essayaient de combattre pour la France, à l'abri d'un faux nom. On se souvient aussi que l'Assemblée nationale les avait rétablis dans leurs grades, avec les avantages et prérogatives y attachés. Le duc d'Aumale, doyen des généraux de division, ancien commandant en chef de l'armée d'Afrique, remplissait donc toutes tes conditions légales requises pour la présidence du conseil de guerre. Le choix que j'en fis s'imposait, et personne, dans l'armée, ne (ut tenté de le discuter. Le Prince le justifia, en dirigeant les débats avec une supériorité de vues, une connaissance parfaite de la législation et du droit militaires, une science de la guerre, une impartialité et un talent de parole qui forcèrent l'admiration publique.
On a dit que le duc d'Aumale avait sollicité ces fonctions. On a dit encore que le Maréchal les lui avait confiées, et que tous deux avaient le même but : mettre en évidence un Prince de la Maison de France et l'opposer à l'Empire. C'est encore là une double erreur.
Non seulement le duc d'Aumale ne sollicita rien, mais j'eus toutes les peines du monde à l'amener à accepter. Le duc d'Aumale voulait un commandement de corps d'armée, et craignait que le Maréchal se refusât à lui en donner un. Je l'entends encore me dire :
— Je ne veux pas être le Laubardemont du Maréchal, ni rentrer dans l'armée par cette voie-là.
Quant au Maréchal, il s'obstinait à ne pas vouloir employer les Princes. Il était décidé à refuser un commandement au duc d'Aumale, qui dut, un jour que j'étais présent, l'enlever de haute lutte. Je ne pus jamais obtenir de lui qu'il me permtt d'appeler le duc