‹ Mes souvenirs (volume 5)Chapitre 185 sur 285 · A TRIANON · texte numérisé non relu

A TRIANON

de Nemours à la présidence de la commission de clas- Kment des officiers de cavalerie. Le duc de Nemours désirait ces fonctions. 11 avait tout ce qu'il fallait pour les remplir. Je les lui avais presque promises. Il resta persuadé que c'était moi qui les lui avais refusées, alors que je m'étais heurté à un refus formel du Maréchal, refus d'autant plus incompréhensible qu'il avait été lui-même officier d'ordonnance du duc de Nemours, au second siège de Constantine.

Enfin, il restait à déterminer l'endroit où se réunixait le conseil de guerre. On ne pouvait pas songer à la Capitale. Les souvenirs de la guerre y étaient encore trop vivants pour que ce malheureux procès ne les réveillât pas et n'excitât point quelques troubles dans les rues, quelques manifestations avilissantes. On avait songé au château de Compiègne, sans s'arrêter à cette coïncidence tragique, qui ramènerait les déssatres de l'Empire à l'endroit où s'étaient étalées ses splendeurs. Hais les habitants de Compiègne montrèrent des dis- .Jiositions effrayantes. Ils se proposaient d'exploiter !J'affluence qu'attirerait le procès, et ils réussirent à iaire peur aux principaux intéressés, qui manifestèrent tant de craintes d'être rançonnés, qu'on dut tenir compte de leurs doléances. On se rabattit sur le château de Trianon, qu'on aménagea pour le procès. Une grande salle fut réservée aux séances du conseil. Un ^appartement fut préparé pour l'accusé, qu'il importait l^placerauprès de ses juges, et de soustraire à un transport quotidien, sous la curiosité importune du public. !« président du conseil de guerre trouva même de quoi •'y installer d'une manière supportable, pour toute la durée du procès. Le 4 octobre, le maréchal Bazaîne fut conduit à Trianon-sous-Bois, accompagné du colonel Viilette, et confié à la garde du capitaine Maud'huy, qui disposait, pour maintenir l'ordre et la sûreté, d'une .compagnie d'infanterie. Les débats commencèrent le

6 octobre. Ils devaient durer un peu plus de deux mois, et coïncider avec la campagne monarchiste qui se poursuivait au sein de l'Assemblée.

Ce furent tous nos malheurs qui ressuscitèrent et vinrent défiler sous les yeux du public, au milieu de ces hommes, revêtus de l'uniforme. Le lecteur les connaît. 11 a pu en lire les détails dans les chapitres précédents, et je n'abuserai pas de sa patience pour les lui rappeler encore. 11 y eut devant le conseil de guerre des scènes tout à fait émouvantes. La déposition de l'illustre maréchal Canrobert, par exemple. Il y eut un mot du duc d'Aumale qui résuma d'une façon frappante la cause tout entière, en rappelant au maréchal que la seule chose qu'il eût oubliée, c'était la France. Le maréchal sembla s'abandonner devant ses juges, comme il s'était abandonné devant l'ennemi, et ses réponses furent ternes et embarrassées. Le réquisitoire du général Pourcet parut bien étudié, appuyé sur des faits incontestables, mais écrit avec passion. Et on remarqua qu'il était l'œuvre d'un officier qui n'avait pris part qu'à la seconde partie de la guerre et qui, par conséquent, n'avait pas été témoin des terribles événements du début. L'accusé avait confié sa cause au plus célèbre avocat de l'époque, M' Lachaud, qui fît des efforts surhumains, et déploya des trésors de dialectique pour sauver son client. Sa plaidoirie occupa quatre séances; mais il eut le tort de vouloir discuter pied à pied, en fait et en droit, au lieu de faire valoir de grandes considérations historiques, et de planer dans le paLhétique. A mon sens, il eût dû négliger tous les détails, toutes les questions militaires où les juges avaient en quelque sorte les mains liées par les règlements. pour se réfugier sur le terrain politique, plaider devant le conseil de guerre comme il eût plaidé devant une cour d'assises, faire le procès du 4 Septembre, démontrer que les accusateurs les plus acharnés de Bazaine

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