UN CONFLIT
Sultan et ses ministres se regardent et témoignent, en haussant les épaules, combien ils sont surpris de voir des hommes d'État perdre leur temps à de pareilles Eanboles, alors qu'un seul problème doit occuper l'atlention humaine : celui de la vie future et des récompenses promises par Dieu à ses serviteurs.
Tous ceux qui avaient fait la conquête de l'Algérie savaient qu'avec du fer on pouvait imposer bien des choses, même injustes, à r.\rabe, mais que les vaincus se feraient exterminer jusqu'au dernier, avant de permettre qu'on touchât à leur religion. C'est pourquoi la question religieuse était une de celles où le Maréchal De pouvait tolérer aucune ingérence, et il fit le nécessaire pour modérer le zèle de l'.Archevêque qui exploita la terrible famine de iSôy, pour obtenir de la misère ce qu'il n'avait pu obtenir de la persuasion. On enre- ^strait avec grand tapage les conversions de quelques orphelins, recueillis par la charité publique, ou celle de quelques pauvres filles perdues, tristes brebis dont la rentrée au bercail ne devait guère réjouir l'âme du pasteur.
Bref, le maréchal de Mac Mahon et le futur cardinal t-avigcrie ne devaient jamais s'entendre. Et pourtant le premier était un très grand chrétien.
Le second est devenu prince de l'Église, primat d'Afrique, archevêque de Carthage, successeur de saint .\ugustïn. Et pourtant, je défie qu'on me montre une œuvre durable accomplie par lui. Ses fameux Pères Blancs, moitié guerriers, moitié missionnaires, sont des hommes admirables de dévouement. Ils ont pénétré avec nos troupes jusqu'au coeur de l'Afrique. Ils ont fait tous les efforts que peut inspirer la Foi. Je ne crois pas qu'ils aient à leur actif une seule conversion sérieuse. L'Arabe les respecte, parce qu'il les prend pour des marabouts ; mais s'ils amenaient un seul douar à jrer l'islamisme, l'armée française entière ne les
empêcherait pas d'être tous massacrés jusqu'au dernier. On ne convertit pas le Musulman.
On peut accueillir les officiers d'une escadre aux accents de la Marseillaise et prêcher la soumission à la République, pour les gens qui sont de l'autre côté de la mer. On donne ainsi de la pâture aux journaux, au risque de tarir dans sa source le fleuve d'or qui alimentait des œuvres humanitaires ; mais on laisse à ses successeurs des questions qu'on a soulevées, sans pouvoir les résoudre ici-bas, et qui restent grosses d'embarras.
On risque de mériter, en guise d'oraison funèbre, l'épigramme appliquée à certains hommes d'Église : « Il parlait sans cesse du ciel pour ne s'occuper que des choses de la terre. » Mais, on risque aussi d'arriver les mains presque vides auprès de Celui qui a donné à ses disciples la divine consigne : « Ite et docete! Allez et enseignez ! »