SADOWA. — CHALONS
Un colonel de cuirassiers. — Nuages noies, — Paix ou guerre P — Prusse et Autriche. — Neutralité. — I. 'étincelle. — Le fusil à aiguille. — Tout se calme, — Et l'hypothèseP — Au théStre du camp. — Adieu;! A YuEiuf. — Haute étale. — Conipïègne. — Petite guerre.
En automne 1865, la brigade de cavalerie légère de la Garde impériale quitta Melun et Fontainebleau, pour aller tenir garnison à Paris. Ce déplacement désiré avec ardeur, attendu avec impatience, accueilli avec enthou-
ne par les officiers et les soldats, ne me déplaisait certainement pas; et pourtant je regrettai Fontainebleau où je venais de passer un an. Cette halte dans ma vie jusque-là presque toujours errante m'avait paru délicieuse. Je laissais derrière moi, le cœur serré, l'immense forêt ombreuse que nous parcourions, ma femme
loi, sans jamais nous lasser, en de quotidiennes chevauchées. Je disais adieu avec tristesse à des amis dont les sympathies, toutes neuves cependant, me semblaient déjà vieilles. J'avais noué et entretenu des relations charmantes et tout à fait intimes avec les principaux fonctionnaires et avec la bonne société de Melun et de Fontainebleau. De toutes leurs maisons hospitalières et gaies, je n'en fréquentais aucune plus assidu-
ment que celle de l'ingénieur en chef du département, M. Marx, homme spirituel et serviable. Ce fut à lui que je dus de renouer des relations, du reste, dépourvues de charme, avec un homme qui a manqué sa vie et dont je rappellerai tout de suite l'histoire, pour n'avoir point à revenir sur un sujet désagréable.
Un jour, M. Marx me dit : — Général, vous me feriez plaisir d'accepter à déjeuner, demain, avec le colonel Martin que vous avez connu en Afrique.
— Je n'y tiens pas beaucoup, mon cher ami, lui répondis-je. C'est ce que nous appelons en style militaire un mauvais coucheur. A Oran, sous-officier aux spahis, chargé de la remonte, je l'ai vu arriver, lieutenant d'état-major, tout frais émoulu de l'école, pour choisir un cheval. Il nous a tous fait tourner en bourriques, jusque, y compris, le colonel Yusuf, qui a fini par lui administrer quinze jours d'arrêts. Deux ans plus tard, sous-lieutenant, j'ai fait colonne avec lui qui était devenu capitaine ; comme il s'ennuyait, il a été charmant. A la suite de permutations qui ont nui à son avancement, nous nous sommes revus longtemps après dans la Garde , lui chef d'escadrons aux dragons de l'Impératrice, et moi lieutenant-colonel aux chasseurs. Cette fois, comme il était vexé que j'eusse passé devant lui, il s'est montré maussade et hostile. Qu'il aille au diable!
— Oui, je sais, me dit Marx. Il a mauvais caractère, mais il ne faut pas lui en vouloir ; il a été malheureux dans sa carrière. Vous le trouverez, d*ailleurs, assagi. Il est lieutenant-colonel du i** de chasseurs; son régiment, se rendant à Paris, fait étape demain à Melun; venez, cela me fera plaisir, vous pourrez lui être utile; car je l'aime beaucoup.
Comme je n'ai jamais voulu la mort du pécheur, j'y allai et je trouvai, en effet, le colonel Martin changé à son avantage. Il se mit en frais d'amabilités et me